Grizzly man, 2005

Grizzly man
Werner Herzog

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J’adore Werner Herzog. Pour ses films, bien sûr, mais aussi pour ce qu’il représente.

Né de la génération perdue d’après le nazisme, il a été de ceux qui ont reconstruit l’identité culturelle de l’Allemagne. Dans la douleur et l’illumination. Sa carrière sera marquée par la souffrance, face à des projets impossibles. Herzog ou le cinéaste nietzschéen. Un homme capable de tout plaquer pour partir, à pied, aux funérailles de Lotte Eisner (mémoire du cinéma allemand) dans un pays voisin. Un homme célèbre pour le jumeau maléfique qu’il a accompagné tout au long de sa carrière, le génial Klaus Kinski.

Avec Andreï Tarkovski, Herzog incarne pour moi l’homme cinéma absolu, le cinéaste qui regarde le soleil en face alors qu’il est plongé dans un torrent de boue. La jungle, un acteur fou, un tournage interminable, des mutineries en série, les indiens figurants jetant des sortilèges… Progressivement, la légende des tournages a dépassé l’aura des films et le cinéaste a perdu en aura critique. Durant les années 80 et 90, les fictions se sont faites rares (et moins convaincantes).

En 99, beau retour, avec « Mon meilleur ennemi » documentaire passionnant sur son travail avec l’acteur halluciné. En 2001, un rôle de père castrateur chez son disciple autoproclamé Harmony Körine. Un bilan, un passage de relais puis une nouvelle tentative dans la fiction : « Invincible » avec Tim Roth. Sujet éminemment herzogien (un colosse juif devient l’incarnation aryenne durant la guerre) mais petit film.

L’histoire aurait pu s’arrêter là mais discrètement, Werner Herzog est redevenu l’homme cinéma. Son univers s’est confronté à de nouvelles cimes.

La critique française a pris du temps pour estimer ses documentaires, mais aujourd’hui, plus moyen de l’ignorer : conscient qu’il ne pourra plus emmener des équipes à l’autre bout du monde pour filmer des hommes sombrer dans la folie, le cinéaste est allé à la recherche de ses créatures dans le monde réel.

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C’est ainsi qu’il a rencontré Timothy Treadwell. Enfin pas vraiment, puisque cet homme est mort. Herzog a rencontré son fantôme sur bande magnétique.

Treadwell c’est un personnage d’Herzog au carré: un acteur à la carrière hasardeuse qui trouva le sens de sa vie lors d’un voyage en Alaska. Il devint littéralement fou de cette nature pratiquement vierge et encore plus fou de ses habitants les plus impressionnants, les ours grizzlys. Pendant 13 ans, ce blondin hystérique a passé la belle saison auprès des plus gros prédateurs terrestres, revenant en Californie lors de leur hibernation. Rapidement, il perdit tout repère, se prétendant frère des ours, vivant au milieu d’eux et confiant ses délires à une petite caméra numérique. La 13e année, un plantigrade plus affaibli et donc plus affamé que les autres dévora l’homme et sa fiancée.

Werner Herzog s’est emparé des vidéos accumulées et a enquêté sur les lieux, auprès des proches. Ce qui fascine dans « Grizzly man » est la confrontation tragique du fait divers et de la mythologie. Ce qui émeut, c’est le regard d’un vieux sage qui sait mieux que personne ce qu’il en coûte de braver la nature en poursuivant un rêve chimérique, et qui se retrouve face à un homme qui aura été plus loin que lui.

On aimerait mettre en garde l’aventurier mais ses images nous hypnotisent jusqu’à nous laisser rêver que c’est lui qui a raison. Herzog conservera pudiquement la fin sanglante de l’homme hors champs (il filmait lors de l’attaque fatale).

Je crois que je me souviendrai longtemps de la voix lasse du cinéaste, dialoguant à travers la mort avec Treadwell, lui disant que finalement, face au monde, la foi n’est rien. Grizzly man ou la colère de Dieu.

Grizzly man Herzog

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~ par 50 ans de cinéma sur 20 octobre 2015.

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