Description d’un combat, 1960

Chris Marker


On trouvera dans ce film les gimmicks habituels de Chris Marker, à savoir une voix off ironiquement hiératique (ici Jean Vilar qui s’inscrit parmi d’autres belles voix : François Perrier, Montand, Signoret…), des jeux de mots pataphysiques, de savantes rimes de montage et, bien sûr, des chats.
On y rencontre également, et de manière toute aussi habituelle, le chaos du monde passé, présent et à venir, examiné à l’aune de la mythologie et de la culture de masse.
« Description d’un combat » est filmé en 1960, c’est à dire 12 ans après la création de l’état d’Israel, c’est à dire 5 ans après « Ombre et brouillard ».
Le cinéaste se promène dans un morceau de désert gorgé de fantasmes comme d’enjeux politiques.
Dans un premier temps, le regard semble léger, sarcastique mais respectueux du peuple survivant qui tente de se construire un destin biblique à force de sueur et de béton.
Le timbre à la fois drôle et effrayant de Vilar épingle les contradictions d’une communauté fabriquée artificiellement en quelques mois sur les décombres du plus grand conflit mondial.
Mais progressivement, la tragédie reprend ses droits et Chris Marker fait du cinéma.
Contrairement à la complainte Godardienne, selon laquelle le cinéma serait mort de n’avoir pu empêcher les camps de concentration, lui affirme qu’il est justement plus que jamais temps de filmer le monde.
Israel est, en 1960, une carte postale décalée, un pays oriental qui tente de devenir l’Amérique, une communauté qui reconstitue des ghettos, où les communautés de communiquent pas.
Les restes de de l’Europe refluent en images d’archives sinistres qui donnent à l’ensemble des aires de science fiction, les braves contemporains paraissant hébétés du poids des victimes d’antan comme de l’angle mort que souligne le film : Israel c’est un pays arabe administré par des occidentaux.
Marker ne tranche rien par rapport à l’Histoire ou au territoire, seulement lance-t-il que l’union des peuples est déjà urgente.
Face au double régime d’image (noir et blanc archiviste contre super huit des vacances ensoleillées,) s’annoncent les pixels crues d’un conflit qui n’a jamais fini.

~ par 50 ans de cinéma sur 10 septembre 2018.

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