Hostel 2, 2007

Eli Roth


Dans les années 70, Jack Nicholson déclarait à Playboy : si vous sucez un tétons, vous êtes censuré. Si vous le tranchez, vous êtes tout public.
Jack exagérait un peu, mais il pointait, néanmoins, l’un des paradoxes de l’industrie du divertissement américaine : Thanatos toujours et Eros jamais.
Ces 2 fondamentaux semblent tarabuster Eli Roth, très présent sur le premier et très intéressé par le second.
Film d’horreur puissant et subtil, « Hostel » nous renvoyait à nos fantasmes inavouables et à nos positions de voyeurs. Le point de vue était celui d’une bande de mecs, pas plus pervers que les autres, mais amenés à la mort par leurs pulsions. Attiser le voyeurisme pour conclure par le puritanisme, voilà qui restait très américain.
Cette fois, ce sont Beth, Lorna et Whitney qui partent faire un tour d’Europe, pour l’art et l’histoire, et puis pour s’encanailler un peu après l’université. Ce sont elles qui feront l’objet d’enchères destinée à acheter leur souffrance.
Roth pousse donc le curseur encore plus loin avec un canevas identique, mais un point de vue différent : ce n’est pas l’obsession des personnages masculins qui engendre l’horreur mais celle du spectateur, sommé de se positionner comme un bourreau potentiel (le montage des transactions destinées à acheter la fille à torturer, est très explicite).
Le programme est assez rebutant, mais que l’on se rassure, pas désagréable, le cinéaste se mettant à notre niveau. Il ne sera pas, pour autant, facile d’analyser les sombres remous que ce métrage suscite en nous.
Roth a la bonne idée d’enchaîner les 2 films, comme 2 faces d’une même pièce, à peine séparées par son court-métrage glauquissime « Thanksgiving ».
Le survivant du premier opus meurt durant la première bobine, place aux filles.


Dès l’introduction, nous les voyons aux prises avec des dragueurs particulièrement louches, manière de bien marquer que le danger provient du regard masculin.
La présence de Takashi Miike dans le premier épisode constituait un premier pas vers un cinéma déviant, au delà du monde anglo saxon. Dans « Hostel II », c’est un tropisme italien qui est assumé.
Cette orientation se manifeste par un cameo de Luc Merenda (histoire de s’ouvrir au polar) ou encore de Ruggero Deodato qui se découpe un steak (bonne blague).
Moins superficielle est l’apparition d’Edwige Fenech en professeur d’art, car nous touchons au sujet profond du film.
Nous aimons Ewige Fenech! Or, nous n’avons pratiquement pas vu ses films, juste assez pour convenir qu’ils sont irregardables. Edwige, nous l’aimons pour des titres (« La toubib du régiment », « La prof donne des leçons particulières »), pour des affiches (les mêmes)… bon et puis aussi pour un giallo quand même (« L’étrange vice de Miss Wardh » de Sergio Martino).
L’actrice italienne d’adoption incarne le désir de si puissante façon qu’il n’est jamais nécessaire de se référer à sa filmographie (laquelle se résume à lui faire exorbiter les yeux d’Alvaro Vitali).
Son apparition, en train d’enseigner la peinture, est remplie d’ironie, tant son art mutin est loin du grand Art. Mais, Eli Roth est rusé, et cette scène lui sert à imaginer une rime perverse.
Lorna, la geek maladroite, sera la première victime des Zaroff 2.0.
Une belle femme mûre (qui ressemble beaucoup à Fenech, celle-ci ayant refusé une représentation aussi sexuée de l’horreur?) la fait pendre par les pieds avant de l’égorger afin de littéralement se baigner dans son sang.
En quelques plans terribles, Roth fait le lien entre la comtesse Bathory et les images de la San Fernando valley. Et le fait que la violence émane d’une femme ne fait qu’exacerber le malaise face au désir masculin, lequel se repaît facilement des effusions saphiques (comme le rappelle un plan sur un garde absorbé par une video youporn).
Le réalisateur s’aventure très loin dans les zones obscures de la cinéphile et le la pulsion scopique.
Il semble qu’il se soit (ou fut) retenu, comme en atteste une scène coupée, durant laquelle l’unes des héroïnes s’amuse à simuler un viol.
La suite de sa filmographie montre qu’il ne lâche pas l’affaire (la victime d’excision de « Green Inferno » ou les succubes de « Knock knock ») même s’il n’ira jamais aussi loin que dans cette aventure de filles objetisées jusqu’à l’abject mais qui pourtant nous hypnotise, rappelant un axiome barbare : le gore, c’est aussi une histoire de cul.

~ par 50 ans de cinéma sur 16 juillet 2018.

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