Huit et demi, 1963

Otto e mezzo
Federico Fellini


Dans « Viva la vie » de Claude Lelouch, Jean-Louis Trintignant tentait de théoriser les différentes manières de faire un film : Spielberg vous raconte une histoire, Godard vous montre comment raconter une histoire et Fellini se fout complètement de l’histoire qu’il raconte.
Pour réducteur qu’il soit, l’axiome n’est pas faux. D’ailleurs, je suis resté longtemps éloigné du cinéma de Fellini. Pour moi, l’œuvre se résumait à sa périphérie, c’est-à-dire les ritournelles de Nino Rota et des photos d’actrices plantureuses.
Pas vraiment contemporains de ses films (il est mort l’année où je me suis abonné aux cahiers du cinéma), je réduisait son œuvre à une suite de débordements abscons pour les cultureux des années 60. Autrement dit, ce cinéma m’intimidait profondément : trop délirant, trop trivial, trop grotesque. Paradoxalement, les promesses contenues dans ces trop furent régulièrement déçues lors des visions télévisuelles.
Heureusement, j’ai vécu.
Des personnages mythiques comme Casanova ou Encolpe dans « Satyricon » ont créé des passerelles, et puis, peut-on résister aux ritournelles de Nino Rota comme aux actrices plantureuses ?
Le cas « Huit et demi » était parmi les plus complexes. Chef d’œuvre unanimement loué, modèle revendiqué par David Lynch ou Woody Allen, le souvenir m’en était brumeux, entaché de la frustration devant la rareté des apparitions de Claudia Cardinale.
Par ailleurs, ce métrage appartient au genre périlleux des films sur le cinéma, dont peu de cinéastes se sont sorti avec honneur.
Ici encore, un personnage mythique a permis de revenir vers Fellini : Marcello Mastroianni, son chapeau, ses lunettes d’écaille et son déhanchement sexy invitent à entrer dans un cauchemar sensuel où les notes de Nino Rota et les sourires de Claudia Cardinale ne masquent pas l’humble confession d’un maître pétri d’angoisses à l’idée de ne plus rien avoir à raconter et qui a su en faire le plus grand film sur le cinéma.

~ par 50 ans de cinéma sur 4 juillet 2018.

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