Une journée en enfer, 1995

Die hard, with a vengeance

John McTiernan

– Cette fois, John Wayne ne s’éloignera pas vers le soleil couchant avec Grace Kelly.
– C’est Gary Cooper connard!
Au firmament de 2 heures de jouissance cinématographique, la réponse lapidaire de John McClane à Hans Gruber ouvrait les portes de Hollywood à Bruce Willis dans un éclat de rire.
C’était super, notre génération pouvait se l’approprier en de multiples variations :
– Cette fois, John Wayne ne gagnera pas le duel final
– Ben non, ce sera Bruce Willis, motherfucker!
Voilà comment un gentleman de sitcom (« Claire de Lune » avec Cybill Shepherd) devint une superstar du cinéma d’action, et même l’inventeur d’un certain cinéma d’action.
L’été 2018 verra Dwayne Johnson sauver sa famille dans un building chinois aux prise avec un gigantesque incendie et des terroristes rapiats… on ne sait pas si l’on ira le voir mais on peut constater que le genre DieHardMovie, 30 ans après, continue de faire des émules.
Au passage, je me gaussait parfois des louanges envers Jeb Stuart et Steven E DeSouza, scénaristes des exploits de McClane, sur le ton du ça vaut mes jeux d’enfants avec mes figurines GI Joe (dont les dernières aventures cinématographiques ont invité Willis, décidément pas de hasard)… avant que 30 ans de révisions ne me fassent admettre que « Die Hard » c’était diablement bien écrit.

Bien joué, bien écrit… c’était aussi le firmament de la carrière de la plupart de ses instigateurs : Stuart a scénarisé « Menace toxique » avec Steven Seagal, le nom de De Souza apparaît aux génériques de « La famille Pierrafeu » et de l’adaptation de « Streetfighter », et puis le tout puissant producteur Joel Silver a-t-il fait mieux (selon ce que l’on pense de « Matrix »)?… surtout, risquons nous à émettre que Bruce Willis n’est finalement pas devenu Gary Cooper.
Entre ses films avec John McTiernan et ses films avec M.Night Shyamalan, sa calvitie virile n’aura émergée d’un océan de nanars qu’en de rares occasions : un journaliste cynique (« Le bûcher des vanités » de De Palma), un voyageur temporel (« L’armée des 12 singes » de Gilliam) ou encore un boxeur sur le retour (« Pulp fiction » de Tarantino) et un shérif tendre (« Moonrise kingdom » de Wes Anderson).
Au fond, cela aura, sans doute, de la gueule lors de la rétrospective à la cinémathèque en 2028, mais pour les contemporains, cela fait pas mal de navets à avaler entre chaque rendez-vous.
On serait tenté de se plaindre, d’autant plus qu’en retrouvant son rôle fétiche, Willis avait décidément des airs de Gary Cooper des années 90.
Cela s’est produit plusieurs fois, pour d’aimables séries B signées Renny Harlin en 1990, Lenn Wiseman en 2007 et John Moore en 2013.
Mais, celle qui compte, arriva sur les écrans à l’été 1995 avec John McTiernan à la mise en scène.

Après avoir parlé punchline et star system, il est temps de se concentrer sur ce qui fait la singularité de ces films d’action fabuleux et inusables : leur mise en scène.
McTiernan aborde « Une journée en enfer » de manière moins fringante que sa vedette. Après un parcours sans faute dans la légende du cinéma américain (« Nomads » série B d’auteur à laquelle succéderont les excellents et triomphants « Predator », « Die Hard » et « A la poursuite d’Octobre rouge ») il se retrouva réalisateur d’un bide sans conséquence (« Medicine man » avec Sean Connery, pas de réévaluation prévue) et d’un échec titanesque qui fit vaciller la statue de commandeur de Schwarzenneger comme la major Columbia: « Last action hero », summer movie fort sympathique mais extrêmement onéreux dont les distributeurs regrettèrent amèrement une date sortie trop proche d’un certain « Jurassic park ».
Un cinéaste européen est jugé à l’aune de son plus grand succès (artistique), un cinéaste américain à l’aune de son dernier succès (commercial).
On peut imaginer une part de cynisme de la part d’un homme qui, ayant passé la main sur le second épisode de la franchise, la reprend pour le troisième.

Les choses s’annoncent d’ailleurs mal, l’équipe de production ayant explosé (Silver, en désaccord avec la Fox, un autre requin du blockbuster explosif s’impose : Andrew G. Vajna), rien ne semble vraiment à sa place dans cet épisode.
Au commencement, le concept était simple mais parfaitement lisible : il s’agissait de plonger Bruce Willis dans un lieu clos face à des méchants sur armés et de laisser la pâte monter. On en venait à confondre « Die Hard » avec ses rip off (Keanu Reeves dans un bus, Steven Seagal dans un train, Van Damme dans un stade… ad libitum) mais on savait ce qu’on allait voir.
C’est notamment sur ce point que le metteur en scène n’a pas été feignant. Virtuose de la caméra mobile et des angles de vue impossibles, il jeta son dévolu sur un scripte dont l’enjeu était de sortir les personnages des bâtiments pour leur offrir une ville entière pour terrain de jeu.
Ce sera le fameux Jacques a dit que propose Jeremy Irons, plus narquois que jamais, à Willis et son allié de circonstance, Samuel Lee Jackson prénommé Zeus, rien de moins.
« Une journée en enfer » peut décevoir, lorsqu’on le revoit avec un souvenir enthousiaste de sa frénésie ludique et son découpage surpuissant. La solution consiste à le revoir à nouveau, un remède qui ne m’a jamais déçu, pour retrouver la science du montage et des chorégraphies de grues organisées par le grand artificier McTiernan.
Contrairement aux autres épisodes, celui-ci n’a pas une grande descendance, du moins sur grand écran; car sur ordinateurs et sur consoles, les plus anciens aficionados de la licence « Grand Theft Auto » savent ce qu’ils doivent à la course folle de John McClane à New-York.
Succès numéro un du box office annuel, « With a vengeance » peut même se targuer d’être un film maudit.
En effet, difficile d’ignorer un final remarquablement bâclé et pratiquement hors sujet avec ce qui l’a précédé. Sur le coup, on n’avait pas trop commenté. Toutefois, durant la décennie bénie des DVD défricheurs d’images inédites, apparu sur le marché la fin imaginée et filmée par le cinéaste mais finalement écartée du montage commercial.
Au lieu de faire exploser son adversaire dans un vulgaire crash d’hélicoptère, McClane retrouvait ce dernier plusieurs années plus tard pour le soumettre à sa propre version de Jacques à dit, bazooka à l’appui. Ces images étaient visibles en simple bonus, aucune version director’s cut n’ayant vu le jour (toujours pas depuis) ce qui annonçait pour la carrière de McTiernan le début des ennuis ainsi qu’une certaine aura de romantisme cinéphilique.
Pourtant, cela valait bien Gary Cooper!

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~ par 50 ans de cinéma sur 15 juin 2018.

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