The raid 2, 2014

The raid 2 : Berandal

Gareth Evans

A l’heure où j’écris, les carrières de Gareth Evans et Iko Uwais sont à un point de bascule. A force de talent et de sueur, les voilà aux portes de la gloire.
Le cinéaste anglais, indonésien d’adoption, a réalisé des films d’action aux qualités croissantes, qui ont affolé les sites de vidéo à la demande comme l’internationale geek. Arrive ce qui devait arriver : Hollywood lui fait les yeux doux pour usiner ses blockbusters. Actuellement, son nom semble être associé à l’univers DC avec une adaptation de « Deathstrock » mais cela pourrait être aussi bien chez Marvel, James Bond, pour un reboot de « L’agence tous risques » ou la mise en chantier de « Transformer 9 ».
Cher Gareth, on ne vous en veux pas d’être tenté. On vous pardonnera même de succomber, mais tout de même, rappelez-vous que le territoire que vous vous apprêtez à arpenter est celui des films milliardaires, mais aussi des cinéaste dont personne ne connaît le nom, voir des petits génies virés pour différents artistiques.
Pour l’acteur martial Iko Uwais, la situation est encore plus périlleuse. Après « The raid 2 », le prodige a enchaîné une apparition dans « Star wars : le retour de la force », « Triple Threat » avec le chinois Tiger Hu Chen et le thaïlandais Tony Jaa, et on l’attend auprès de Mark Wahlberg dans le prochain Peter Berg. Au milieu, une excellente série B : « Headshot » qui passera malhonnêtement sur internet comme « The raid 3 ».
On voit bien ce qui guette la jeune star : devenir un attrait exotique pour une industrie américaine aux yeux rivés sur les marchés asiatiques (sur ce plan il devrait demander conseil à Donnie Yen) voir une caution nerd dans des produits standardisé (prévoir une autre soirée avec Donnie Yen).
Avec « Triple Threat », il intègre une tentative de blockbuster panasiatique, difficile face aux imperméabilités des marchés chinois et japonais. Là encore, il devrait analyser le parcours de son comparse Tony Jaa, superstar des « Ong bak », qui enchaîne depuis les productions Europacorps et les rôles de faire-valoir pour Vin Diesel, un destin que l’on ne souhaite à personne.
« The raid 2 » constituera-t-il leur épiphanie artistique?
Les 2 hommes se sont rencontrés via « Meranthau », série Z mièvre, dopée par une séquence finale de baston homérique.
L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais Evans a écouté les avis bienveillants qui lui ont expliqué que : la romance niaiseuse et les monologues de la vieille maman ne devait en aucun cas constituer le coeur d’un film d’action.


Evans a donc rappelé Iwais pour lui proposer un scénario simplissime dans lequel un commando de flics infiltre un building infesté de gangsters, chaque étage correspondant à un mode de combat différent.
Les producteurs de jeux vidéo Rockstar, eux-mêmes, auraient fait la fine bouche, mais « The raid », premier du nom, est une bombe, un shaker visuel joussif qui renvoie aux émotions ressenties devant les premiers épisodes de « Il était une fois enChine », un film d’action comme on en voit finalement bien peu, presque théorique dans sa sècheresse dramatique.
L’histoire aurait pu de nouveau s’arrêter sur cette carte de visite parfaite pour intégrer le carré VIP de la culture pop mondiale.
Pourtant, Evans s’est lancé un défi que personne ne lui demandait, soit faire de « The raid » une série A.
Après tout, si Scorsese a gagné ses oscars avec le remake d’une série B hongkongaise qui racontait une histoire de taupes…
« The raid 2 » retrouve donc Rama, le jeune flic idéaliste, à peine courbaturé par une heure quarante de pencak-silak, qui reprend du service pour infiltrer la mafia de Jakarta dans sa lutte contre un gang de yakusas.
Le scénario ambitieux pourrait faire crier à la trahison (ce dont certains ne se sont pas privés) mais pour moi tout cela fonctionne.
D’une part, le scripte en question, pour classique qu’il soit (Oedipe, Castor et Polux, tout ça…) est solide et bien mené.
D’autre part, Evans met la barre encore plus haut dans le registre chorégraphie du chaos.
Et si on le sent parfois peiner sur sa copie (2h30 c’est beaucoup pour ce genre de film), on est ravi de voir ses acteurs transpirer dans un sabbat psychotronique.
Afin de rassurer les fans, le cinéaste place, dès le départ, un fight dantesque dans la boue d’une cour de prison. La suite ne sera pas décevante, délivrant son lot d’hyperviolence tout en élargissant la palette cinéphile avec de beaux emprunts au cinéma japonais (des gangsters de Fukasaku, aux babydolls des mangas).
L’une de ces séquences épiques se conclue sur le frêle athlète Yayan Ruhian, cloué au sol après avoir donné de tout son corps conter une multitude d’assaillants. L’homme exhale son dernier souffle alors que la neige commence à tomber.
La neige, à Jakarta?
En un plan, Gareth Evans, glisse qu’un prince de la fureur n’est pas imperméable à la pure poésie.

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~ par 50 ans de cinéma sur 28 mai 2018.

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