Merci pour le chocolat, 2000

Claude Chabrol


Le pianiste virtuose André Polonski est marié avec Mika Muller, directrice d’une prestigieuse marque de chocolat. Une jeune femme préparant un concours international de piano va s’immiscer dans le couple, laissant planer l’idée qu’elle est la fille de Polonski, échangée à la naissance.

Derrière le titre de nanar vieille France, ou de publicité pour une chaîne de pâtisserie, se cache un récit retors, dans le style des dames anglaises que Chabrol affectionne tant.
Après Patricia Highsmith et Ruth Rendell, c’est au tour de Charlotte Armstrong de se voir honorer, laquelle Armstrong avait déjà inspiré un crime parfait à un certain Hitchcock…
Les cancres ont cru dénoter un hommage à Roman Polanski à travers le nom du personnage incarné par Jacques Dutronc, en réalité, il s’agissait plus d’un clin d’oeil au vétéran hollywoodien Abraham Polonsky.
Néanmoins un fil trouble relie le garnement de la Nouvelle Vague avec le provocateur de Lodz : le pianiste est le symbole de l’indifférence au monde. Que ce soit Adrian Brody, musicien résilient face aux horreurs de la guerre, ou Dutronc, artiste autiste envers ses proches comme ses ennemis, seule compte l’enchaînement de touches noires et blanches.
Ce sera même l’horizon esthétique du film. Chabrol se délocalise en Suisse et profite de la lumière blanche entourant les lacs et les pics enneigés.
Dans ce décors, Isabelle Huppert construit l’une de ses partitions les plus opaques, le prénom de l’héroïne maléfique faisant autant référence à une célèbre marque de chocolat qu’à une roche primitive.
Nous avions quitté l’actrice chez Chabrol dans un chalet, retrouvant Michel Serrault, dans un duo troublant mais solaire.
« Merci pour le chocolat » semble reprendre les choses au même endroit mais compose une version ténébreuse de ce précédent film. La froideur de Dutronc remplace la faconde de Serrault et la Suisse, de terrain de jeu pour escrocs en goguette, devient le temple des plus sombres refoulements.
Au blanc succède inéluctablement le noir comme sur un clavier.
Au passage, le cinéaste jette une pierre dans le jardin d’un ancien ami, expatrié en ermite dans ce pays de l’argent et de la propreté.
Dans le roman, la jeune génération triomphe des complots des anciens. Mais le réalisateur de « La cérémonie » ne saurait se contenter d’un happy end.
Il clôt son film, alors que défile le générique, par un plan sublime dans lequel Huppert semble détricoter une gigantesque toile d’araignée.
C’est sûr, depuis « L’enfer » plus moyen pour Chabrol de mettre fin au mal.

~ par 50 ans de cinéma sur 16 mai 2018.

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