Le cri du hibou, 1987

Claude Chabrol


Un homme tourne autour de la maison de Juliette, fasciné par sa beauté. C’est Robert, dessinateur industriel, vivant à Vichy depuis qu’il s’est séparé de sa femme Véronique. Juliette et Robert finissent par s’aimer, mais Juliette a un fiancé, Patrick, qui prend la chose très, très mal tandis que la femme de Robert n’arrête pas de le harceler.

En 1990, Claude Chabrol signe « Dr M », tentative de fantastique avec Jennifer Beals et Alan Bates. Entre hommage confus à son maître Lang et dérive d’un europudding mal géré, l’échec est patent, faisant même dire au cinéaste que lors d’une rediffusion télé de son film, il n’y avait rien compris.
Chabrol ne sera pas un cinéaste MadMovies, après l’échec d’un autre film en anglais (« Jours tranquilles à Clichy »), les années 90 le verront renaître sur un terreau bien français : Simenon, Clouzot, la famille Lelièvre et Isabelle Huppert forever…
Pourtant, en 1987, dans une frénésie créative qui le fait enchainer 2 films par an (l’autre c’est « Masques » avec Noiret), l’ami Chabrol a signé l’une des séries noires les plus poisseuses du cinéma français.
La province des notables n’est plus qu’un arrière fond, la satire sociale n’a plus cours et l’humour est désormais d’un noir de geai. « Le cri du hibou » ressemble au rêve de cinéma autour duquel il tournait depuis toujours.
Pour cela, il s’appuie sur de nouveaux visages : Christophe Malavoy, Mathilda May, Jacques Penot et Virginie Thevenet, lesquels troublent les attentes trop évidentes des castings précédents. Ces derniers étaient peut-être plus hitchcockiens dans le sens où le maître aimait les vedettes qui lui faisaient gagner du temps en présentation.
Patricia Highsmith lui offre également une matière moins franco française et donc plus ouverte sur l’abstraction.


Le héros, insomniaque, crée minutieusement le scénario de sa perdition. Le cauchemar débute par hypnose. Son intensité ne cessera d’augmenter au fur et à mesure que son protagoniste réalisera les dangereuses promesses de ses visions. Lorsque le médecin, interprété par Victor Garrivier, lui explique qu’il est le seul à pouvoir l’aider car son expérience de l’horreur l’a anesthésié de tout jugement moral, il donne la note d’une oeuvre qui ira au bout de la nuit.

On est pas loin des polars new-yorkais les plus glauques ou même d’une certaine exploitation italienne, entre « After hours » et « Profondo Rosso », avec Malavoy broyé par son destin d’homme juste qui entraîne inexorablement la mort de ceux qui l’approchent, May en héroïne de giallo et Thevenet qui déploie une partition terrifiante de haute perversité.
Chabrol, lui, filme des regards, des photos représentant des yeux et beaucoup de fenêtres.
Pas besoin de citer le docteur M pour comprendre qui est à la manoeuvre.

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~ par 50 ans de cinéma sur 10 mai 2018.

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