Les fantômes du chapelier, 1982

Claude Chabrol


Dans une petite ville, Léon Labbé, chapelier de métier, a tué sa femme et entretient l’illusion que cette dernière est toujours vivante. Son voisin d’en face, un petit tailleur juif devient le confident privilégié de Léon, qui lui, tue avec méthode les amies de son épouse et nargue la police avec des lettres anonymes.

Chabrol et Simenon : une gémellité ! Pourtant, leurs routes ne se croiseront plus avant « Betty » en 1992. Peut-être était-ce trop évident pour un cerveau retors comme celui du bonhomme Chabrol.A moins que l’esprit du chapelier (toqué, comme chacun sait) n’ait suffisamment infusé l’œuvre Chabroliennne pour que le cinéaste n’éprouve pas le besoin de se tremper à nouveau dans un bain qui semblait avoir coulé pour lui.
Car tout est là : les notables, la province, le bourreau truculent (énorme Serrault), la victime sadisée (délicieux Aznavour), la pute qui monnaye discrètement ses faveurs aux bourgeois et puis les bistrots, les restaurants, un rituel autour de la nourriture.
Même la traditionnelle fascination du cinéaste pour l’alimentation était donc présente. Mais, Chabrol se charge de dissiper un malentendu. Lui, qui fut si souvent associé aux plaisirs épicuriens, à un gros bébé savourant les bons produits de la terre et de la main de l’homme, est avant tout un phobique.On le sait peu, mais Claude Chabrol l’a dit : la bouffe au cinéma, c’est dégueulasse ! Il a raison. Sans l’usage d’un cosmétique publicitaire, les plats les plus fins deviennent répugnants, la grande cuisine se fait grande latrine sous le regard impitoyable de la caméra. La gourmandise est un moche péché. Si on le pousse un peu, Chabrol vous dira que le sort de la luxure est à peine meilleur.
« Les fantômes du chapelier » est donc un film éminemment chabrolien, les repas sont des sabbats immondes et la chair est triste. Le plus marrant des membres de la nouvelle vague serait-il un puritain ? Des considérations qui doivent bien faire ricaner Simenon, l’obsédé notoire. De toute façon, les 2 partagent l’étiquette de moraliste, sous un vernis de trivialité.
La rencontre est donc belle. Simenon amène à Chabrol tout ce qui fait Chabrol. Le cinéaste n’a donc plus qu’à éloigner son petit monde vers des zones moins évidentes, vers un fantastique incertain, un gothique du quotidien.
Car si des ombres l’ont amené à Simenon, ce sont ses fantômes à lui : Fritz Lang et Alfred Hitchcock.

~ par 50 ans de cinéma sur 4 mai 2018.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s