La femme infidèle, 1969

Claude Chabrol


Un mari (bourgeois), une femme (bourgeoise), un amant (bourgeois aussi)… territoire circonscrit!
Le mari, assureur de profession, se veut libéral, ne déteste pas les histoires de cul de ses collègues ni exhiber sa ravissante épouse. Mais lorsqu’il se retrouve face à l’amant, qu’il prétendait rencontrer en gentleman, il craque.

William Friedkin avait complimenté Chabrol en lui disant qu’il ne se passait pas une année sans qu’il ne revoit « La femme infidèle ».
Personnellement, la dernière vision m’a plutôt fait penser au Verhoeven européen.
Dans « Katie Tippel », le hollandais hasardait l’hypothèse que le monde capitaliste dans son ensemble était fondée sur la prostitution.
Claude Chabrol semble répondre que la société bourgeoise s’articulait autour de l’adultère. Ne dit-on pas adultère bourgeois, de manière méprisante?
Le cinéaste joue ses gammes de manière virtuose : un téléviseur vintage fait déjà office d’oeil hypnotique, les couleurs délavées sont violentées par des rouges signifiants, Zardi et Attal apparaissent en agents provocateurs, duo de flics loquace / silencieux, et on trouve un hommage hitchcockien bien placé (une voiture qui s’enfonce lentement dans un étang). Il va jusqu’à placer un graffiti dans un coin de l’image, évoquant le projet IV (celui d’un cinéma gratuit…).
L’homme maîtrise tout cela. Il semble même que son marxisme soit assez formel.
Dans le présent métrage, éclate également une forme de rage amusée contre une certaine modernité.
Moraliste, il épingle cruellement les nantis de l’après 68.


Tout un univers sexuel se crée autour de l’assureur : collègue grivois, secrétaire nymphette, épouse sexy, club branché où l’on flirte allègrement. Cette élite tranquille est montrée de manière rance, pratiquant des sorties de routes conjugales sans passion comme une pratique de classe.
Derrière les apparences, évidemment, rien n’est simple.
Lors de la rencontre ultime entre Michel Bouquet et son rival, le premier affiche une aisance feinte, celle d’un homme pas effarouché par les aventures de sa femme, s’inventant les siennes, au final enclin à prêter son épouse si l’autre homme se révèle sympathique.
L’opposition entre les 2 acteurs crée un malaise diffus, le tranchant Bouquet semblant s’émousser face à la rondeur fate de Maurice Ronet (lequel excelle en double vulgaire d’Alain Delon).
Le mari veut voir le lit des ébats, jusqu’à en choquer l’amant. Il voit. Il voit sans doute bien plus que ce que la réalité lui présente. Alors le frottement entre la lame et le cercle produit son effet.
Dans l’après de cet accès de violence, l’assureur retrouve sa véritable personnalité, profondément phobique quant aux choses du corps. C’est d’ailleurs cette phobie qui lui permet d’effacer avec soin les moindres traces de son passage.
Le couple se retrouve, se redécouvre. Au fond, ce n’est pas l’adultère qui met du piment, mais bien le meurtre.
Résonnent alors les mots de Ronet vous ne seriez pas un peu pervers, vous?
Mots que l’on pourrait retourner au cinéaste qui de moraliste se fait moralisateur puis au final amoral, révélant dans son dernier plan l’autre couple du film : la mère et le fils, cet enfant qui ressemblait presque à un accessoire dans la grande maison mais qui prenait le bain avec sa si jolie mère, laquelle l’appelait son petit homme; l’enfant qui traitait ses parents de fous.
Dans ce dernier plan, in fine, à sa manière, Chabrol rejoint Bourdieu dans la notion de reproduction des élites.

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~ par 50 ans de cinéma sur 1 mai 2018.

Une Réponse to “La femme infidèle, 1969”

  1. Excellent !

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