Les garçons sauvages, 2018

Bertrand Mandico

En clôture de presque 2 heures de trip hallucinogène, Elina Lowensohn a cette phrase géniale « si je peux vous donner un conseil mesdemoiselles : ne soyez jamais vulgaires ».
Et aucune des images qui ont précédé ne l’auront été, malgré les jets de foutre dans la jungle et les bites tatouées.
Bertrand Mandico constitue le secret le mieux gardé du cinema français. Après une multitude de courts métrages et de travaux de plasticiens, l’artiste, pour qui le cinéma a toujours été l’horizon, offre son premier long métrage.
Nous attendions une oeuvre psychotrope et provocatrice et nous sommes servis, mais au delà du délire psychédélique, se déroule une histoire que l’on aurait tort de négliger.
Ils sont donc 5, les garçons sauvages, adolescents riches et arrogants. Alcoolisés plus que d’habitude, ils commettent un viol sadique à l’encontre de leur professeur de lettre. Un homme étrange, le capitaine, propose de leur éviter le bagne en les emmenant dans une île lointaine, dans laquelle corps et pulsions sont inéluctablement amenés à muter.
Le film a été tourné 2 ans avant sa sortie en salle et a donc précédé les scandales #metoo et leurs variations françaises.
Néanmoins, son casting de petites frappes interprétés par des actrices, qui ont l’aire de beaucoup s’amuser à travestir les stéréotypes masculins, semble inventer en direct l’avenir du cinéma français.
On a beaucoup parlé d’érotisme, toutefois, la démarche du cinéaste relève autant du dandysme que de l’expérience philosophique.
Certes, les jeunes femmes gainée dans des chemises blanches dégagent un trouble certain, et Mandico revendique l’influence du « Querel » de Genet, adapté par Fassbinder.
Le cinéaste cite également abondamment Burrough, mais on serait alors tenté de lui demander qui de William ou de Edgar Rice l’a influencé le plus.
Finalement, sa proposition est celle d’un cinéma trans. Sexuel, bien sûr, mais surtout transcendantal. Est-il encore pertinent de se poser la question du genre ou des genres?
En fusionnant la nature luxuriante de la Réunion aux décors les plus théâtraux, en jouant sur les textures de la pellicule, en trouant son magnifique noir et blanc de saillies colorées (magnifiques aussi!), en multipliant les pistes sonores qui font de son film un clip comme un opéra, Bertrand Mandico nous réponds avec ironie que tout fantasme ne peut aboutir qu’à une fusion.
Il remercie l’auteur de « L’île mystérieuse » de lui avoir inspiré ce récit d’aventure enfantin puis celui du « Festin nu », dont il matérialise les excroissances pleines de sèves dont la semence transformera des mâles dominants en femmes.
Le film précédent s’appelait « Notre dame des hormones », quelque chose de nouveau travaille désormais le cinéma français!

~ par 50 ans de cinéma sur 25 février 2018.

Une Réponse to “Les garçons sauvages, 2018”

  1. Comme le prouvent les adaptations de Spirou et Gaston !

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