Pentagon papers, 2018

The post

Steven Spielberg

Meryl Streep incarne Katharine Graham, directrice du Washington Post, Tom Hanks est Ben Bradlee, rédacteur en chef dudit journal, Steven Spielberg les films au moment de la divulgation du rapport McNamara sur la guerre du Vietnam.
Quelque chose s’est diffracté dans l’oeuvre de Spielberg et l’on pourrait le dater de sa rencontre avec le chef opérateur Januzs Kaminski pour « La liste de Schindler ».
Avant, les films adultes du cinéaste (« La couleur pourpre », « Empire du soleil ») n’étaient pas pris très au sérieux.
A partir de Schindler et de ses oscars, ils ont acquis une esthétique propre, et ce sont ses films d’entertainment qui se sont vus hantés de flashs blancs fantomatiques.
Cette mutation ne s’est pas toujours opérée pour le meilleur et l’on peut regretter, parfois, le Spielberg eighties qui offrait de grands spectacles transgénérationnels dans lesquels il n’était pas interdit de trouver plusieurs niveaux de lecture.
Depuis les années 90, sa filmographie enchaîne oeuvres au sérieux amidonné (« Amistad », « Munich ») et blockbusters shootés sans convictions (« Le monde perdu », « Le bon gros géant ») avec, régulièrement de belles déflagrations de cinéma, et dans ce cas, souvent dans le registre du merveilleux vicié : « A.I », « Arrête-moi si tu peux », « La guerre des mondes ».
Un peu de hauteur nous permettra de reconsidérer l’oeuvre spielbergienne.
En effet, dès « La couleur pourpre », il semble que l’homme ait envisagé de se mesurer à John Ford comme grand conteur de l’Histoire américaine.
L’esclavage donc (« La couleur pourpre », « Amistad », « Lincoln »), la guerre (14-18 pour « Cheval de guerre », 39-45 pour « Il faut sauver le soldat Ryan »), les années 60 (leur face solaire dans « Arrête moi si tu peux », leur face sombre dans « Le pont des espions ») puis les années 70 (terrorisme dans « Munich », scandales politiques dans « Pentagon papers »).
Quelle que soit la qualité de chaque film, le projet global se révèle de plus en plus impressionnant, d’autant qu’enfant de Hollywood, le réalisateur garde toujours l’histoire du cinéma en perspective.

En 1998, des exécutifs de studios ont eu l’idée d’un remake de « The shop around the corner » de Lubitsch à l’ère internet. Cela donnera « You’ve got a mail » et, à l’époque, on s’était beaucoup gaussé de Tom Hanks qui reprenait le costume un peu large de l’homme ordinaire américain tel qu’il avait été gravé sur pellicule par James Stewart.
Dans « Pentagon papers », c’est Hanks qui semble en rire, désormais. Malgré les efforts des maquilleurs pour le faire ressembler au journaliste réel qu’il doit interpréter, ses moues ironiques et sa faconde de juste, droit dans ses bottes, ne cessent de nous ramener à la star des films de Capra.
Spielberg est malin. Son film raconte une histoire vraie mais, pour cela, s’appuie sur tout un pan du cinéma américain, de « Park Row » de Fuller (grand film sur la liberté de la presse) à « La dame du vendredi » de Hawks (grand numéro de duettiste entre journalistes) en passant, évidemment, par « Les hommes du président » de Pakula (qui racontait aussi une histoire vraie). L’ombre tutélaire de Stewart n’est donc qu’un élément de plus dans la fusion des petites histoires du cinéma avec la grande Histoire de l’Amérique.
Spielberg est malin, également parce qu’il n’oublie jamais ses outils de cinéaste pour faire passer sa leçon de démocratie (plus tordue qu’il n’y paraît puisque c’est l’échec de leurs confrères du New-York times qui fera des reporters du Washington post des héros).
Sa mise en scène tient un rythme effréné qui relève à la fois du thriller et de la screwball comedy, avec quelques morceaux de bravoure parfaitement dignes du panthéon de leur auteur (qui en contient tout de même beaucoup).
Cinéphile, héritier de David Lean et Walt Disney, il sait aussi créer l’action par la seule parole de ses comédiens comme en atteste le suspens brillant durant lequel les hommes de pouvoir sont suspendus à la décision de Katharine Graham.

La scène est composée de plans brefs sur des visages fermés, un écouteur écrasé sur l’oreille, tandis que la caméra tourne autour de Meryl Streep.

La caméra n’avait pas besoin de plus.
Bonne nouvelle, le Spielberg adulte sait s’amuser, même lorsqu’il entre au Sénat!

~ par 50 ans de cinéma sur 19 février 2018.

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