Primate, 1974

Frederick Wiseman

Faut-il faire éjaculer John le mardi ou le jeudi?
Les hommes en blanc haussent les épaules, esquissent à peine un sourire devant l’absurdité du propos et concluent que, quoiqu’il en soit, il est nécessaire de tirer un maximum de semence du malheureux John.
Ce dernier est un macaque rhésus, et l’un des protagonistes de l’un des films les plus choquants de Frederick Wiseman.
Dans une cohérence admirable, l’homme sage du cinéma américain nous aura promené dans toute les servitudes : armée, école, hôpitaux, grands magasins… et maintenant un centre de recherche où les biologistes étudient la sexualité des singes, dans l’hypothèse de percer le mystère du chaînon manquant.
Le documentaire de Wiseman n’a pas satisfait l’institution (ce que l’on peut comprendre) et il fut nécessaire de placer un carton précisant l’utilité de ces recherches lors de la diffusion télévisée de « Primate ».
La finalité de la recherche reste un angle mort. Toutefois, nos souvenirs cinéphiles nous rappellent qu’en 1978, Barbet Schroeder s’était lui même laissé fasciner par les très hasardeuses expériences comportementalistes autour de « Koko, le gorille qui parle ».
Difficile, dès lors, de faire le procès de Wiseman comme anti scientifique. L’homme filme avant tout, sans juger, et ce n’est pas beau à voir.
Au delà du sperme d’un cercopithèque, il semble que les humains cherchent à soutirer toutes les humeurs de leurs cousins quadrumanes : salive, sang, urine… tout semble bon pour composer un hypothétique élixir de jouvence simiesque.
Les images en noir et blanc granuleux, comme le format carré, durcissent les situations mais leur donnent également une aura de science fiction fascinante.
C’est l’éternelle mythologie docteur Frankenstein versus Docteur Moreau qui se dévoile dans ces couloirs glauques. Toutefois, le métrage ne serait pas aussi terrible avec d’autres représentants du règne animal. Le titre « Primate » rappelle qu’il s’agit d’une confrontation avec des anthropomorphes qui amène forcément à diverses images de l’humanité souffrante. Les singes nous ressemblent ce qui crée un trouble profond lorsqu’on voit leurs nourrissons en couveuses ou la dissection finale d’un saïmiri dont l’extraction du cerveau abouti au plan du visage tranché de l’animal, figé dans un cri muet, ou encore un orang-outan au torse rasé qui apparaît dès lors comme un vieillard perdu ou un enfant souffreteux… proche, tellement proche.
Dans « La bataille de la planète des singes », César, roi des chimpanzés tente tout ce qui est en son pouvoir pour obtenir la paix avec la race humaine. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’est pas rancunier.

~ par 50 ans de cinéma sur 4 février 2018.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s