Mémoires du sous-développement, 1968

Memorias del subdesarrollo

Tomas Gutierrez Alea

Sergio Corrieri (étonnant mélange de Gian Maria Volonte et Tomas Milian) traîne son spleen dans la Havane post baie des cochons.
Tomas Gutierrez Alea filme ses déambulations à coups de jump-cut, d’images d’archives, de flash-back et d’oppositions entre l’image et la bande son.
Au premier abord, cet étalage de modernité très sixties (il a vu « A bout de souffle » et « La dolce vita », il a aimé, nous aussi) peut laisser circonspect.
Une mise en abîme déplaisante nous trotte dans la tête durant la première demi-heure : la mise en scène très chic suit un personnage de grand bourgeois intellectuel perdu dans la révolution populaire de Castro. On soupçonne alors le cinéaste de se laisser aller à une fascination douteuse pour un passé à la fastueuse décadence.
Patient, Gutierrez Alea prendra le temps d’un long métrage pour nous convaincre qu’autre chose se joue.
Progressivement, les postures s’effacent pour laisser à nu le désarroi du personnage, perdu dans le non choix de fuir son pays avec les bourgeois qu’il exècre mais dont il fait partie, ou de participer à l’élan socialiste qu’il admire mais dans lequel il est conscient d’être un intrus.
J’ai vu trop de choses pour être innocent conclura-t-il.
Les jump-cut et distorsions sonores apparaissent alors comme les traces d’une mémoire en train de s’effacer et d’une conscience politique diffractée.

~ par 50 ans de cinéma sur 1 février 2018.

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