Risque maximum, 1996

Maximum risk

Ringo Lam

Jean-Claude Van Damme a repris le rôle de Jean Gabin dans un remake de « La bandera » de Duvivier, c’était un peu débile et assez rigolo.
Jean-Claude Van Damme a réalisé une série B comme dans les années 50, « Le grand tournoi » et c’était un peu rigolo et assez débile.
Et puis il a repris le rôle de héros cheap mais populaire à Chuck Norris sur les posters ornant les chambres des adolescents des années 90, il s’est battu contre Stallone dans « Expendables II », contre Dolph Lungren dans « Universal Soldiers », a dragué Rosanna Raquette dans « Cavale sans issue » et pratiqué beaucoup l’introspection (« JCVD », la série « Jean-Claude Van Johnson ») et l’autodérision (quelques pubs durant ces dernières années, une voix dans « Kung fu panda », des panouilles dans des comédies gauloises…).
Bref, Jean-Claude Van Damme a fait un peu n’importe quoi, et pour sympathique que soit cette carrière en forme de barnum, on peut regretter qu’il n’ait pas plus souvent fait ce qu’il était censé faire au départ, c’est à dire le héros de film d’action.
Car, quand il s’en est donné la peine, JCVD l’a plutôt bien fait.
Entre 1993 et 2000, il s’est même trouvé à l’avant garde d’un mouvement artistique mineur mais réel : la migration hollywoodienne de cinéastes hongkongais fuyant la rétrocession de l’île britannique à la Chine.
Les fans de John Woo tentent souvent d’oublier « Chasse à l’homme » (film super), ceux de Tsui Hark font de même envers « Double team » (super film) mais plus encore que le même Tsui Hark a repiqué au genre Van Damme movie avec « Piège à Hong Kong » (moins super mais encore plus fou).
Les fans de Ringo Lam sont, eux, bien obligés de compter avec l’acteur belge, le réalisateur du très culte « City on fire » ayant, quant à lui, tourné 3 fois avec the muscles from Brussels.
Les opus 2 et 3 sont très biens, mais je m’attarderai sur le premier: « Risque maximum »
Le karatéka y joue Alain Moreau, vétéran de la guerre du golfe qui apprend le même jour l’existence et la mort de son frère jumeau, qui vient d’être tué à Nice. Il décide de découvrir la vérité et endosse l’identité de ce frère inconnu. Son enquête le mène à New York, où il se trouve plongé au coeur de la mafia russe.
En interview, Van Damme se plaignait de l’interventionnisme de producteurs cupides et artistiquement mal avisées. On rêverait alors de visionner le final cut parce que, en l’état, « Risque maximum » est une série B modeste mais puissante, simple mais racée.
Au début de sa carrière, Jackie Chan confiait s’être inspiré des premiers films avec Belmondo.
On ressent, ici, ce même tropisme français de la part d’un artiste venu d’extrême orient. Par le décor d’abord, les acteurs ensuite (Jean-Hugue Anglade, Stéphane Audran) mais surtout par ces cascades en dure, très inspirée de Rémy Julienne et… de ses exploits auprès d’un certain Jean-Paul Belmondo.
Lam impose une mise en scène à la fois stylisée (le côté Melville, grande influence pour une génération de cinéastes asiatiques) et sauvage (le côté italien pour rester en Europe mais en réalité, la marque de fabrique du cinéma de genre hongkongais). Paul Greengrass s’en souviendra lorsqu’il baladera, 20 ans plus tard, Jason Bourne dans les capitales européennes et choisira de repeindre ses scènes d’action délirantes d’un verni réaliste.
Par ailleurs, un trouble morbide innerve « Risque maximum ». Ce trouble tient à l’acteur comme au réalisateur.
Du premier, on retrouve l’obsession du double dans cette histoire de frères jumeaux dont l’un prend l’identité de l’autre, thème qu’il aura fouillé de manière bouffonne (la comédie « Double impact »), viscérale (« Replicant » toujours de Ringo Lam) voir méta (avec « JCVD » et « Jean-Claude Van Johnson ») comme si, au fond, le seul adversaire de Van Damme ne pouvait être que Van Damme lui-même. De la part d’un homme qui se définit facilement comme un ancien gringalet ayant appris à se faire aimer grâce à ses pectoraux et son double kick, cela peut amener à une lecture plus freudienne de l’oeuvre…
Du second, on retrouve la violence sèche, jamais loin de l’horreur pure. D’ailleurs, le cinéaste choisit de terminer le métrage dans les chambres froides d’un immense abattoir, par un duel à coup de tronçonneuse, le cinéma de Ringo Lam créant ainsi une passerelle inattendue mais séduisante entre Jacques Deray et Tobe Hooper.

~ par 50 ans de cinéma sur 23 janvier 2018.

Une Réponse to “Risque maximum, 1996”

  1. In the empire of the homeless the one-eyed gentleman principles https://seanandjoanna.org

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