La folie des grandeurs, 1971

Gérard Oury

Quelles subtilités séparent la culture de la culture populaire, la culture populaire de la pop culture?
Adapter « Ruy Blas » de Victor Hugo relève de la culture, la culture classique, avec un grand C.
Faire jouer le ministre des finances magouilleur du roi d’Espagne par Louis de Funès nous place dans le domaine de la culture populaire, le cinéma du samedi soir, la variété française.
Avec les guitares électriques de Michel Polnareff, on se retrouve soudain en pleine pop culture et même pop tout court, comme pop music, pop star, un adjectif purement anglo saxon.
C’est alors qu’il faudrait parler de Gérard Oury.
Car, si Hugo sur les notes de Polnareff fonctionne si bien, si le texte de l’auteur des « Misérables » et la musique de celui de « Love me, please love me » sont si bien interprétés par de Funès et Montand, nous le devons à un chef d’orchestre de premier ordre.
Oury, c’est le cinéma populaire par excellence, celui des millions d’entrées (12 pour « Le corniaud », 17 pour « La grande vadrouille »…), celui des stars comiques (Bourvil, Fufu, Belmondo, Clavier…), celui des rediffusions télévisées, celui des multigénérations.
Toutefois, le cinéaste, a montré un talent et connu un succès hors norme qui l’ont propulsé au dessus de ses confrères.
Aujourd’hui, ses cartons ont rejoint l’inconscient collectif et font partie de la culture française. Hugo lui-même ne lui en voudrait pas de triturer son texte.
Tout est affaire de temps.


Le score surexcitant de Polnareff complexifie quelque peu la donne.
Culture et culture, ok.
Mais « La folie des grandeurs » est-il un film pop? C’est à dire un objet branché, pouvant séduire au delà de l’enfance, accrocher l’adolescent comme le parent d’élève.
Sa musique en est le symbole.
D’ailleurs, le réalisateur avait déjà fait bouger les lignes lorsque Georges Delerue s’était entouré du band The americana breed pour composer la ritournelle « The brain ».
Plus tard, les compères Georges Lautner et Michel Magne sauront s’en souvenir pour faire de la comédie française, genre si populaire mais si peu pop, un genre cool.
Pour l’heure, l’art est celui d’un équilibre parfait.
a la folie des grandeurs, s’oppose un artisanat modeste mais rigoureux, celui d’un horloger du comique cinématographique manipulant les Stradivarius de la discipline. Oury joue l’oralité (il est l’hOre mon seignOr), l’humour et l’amour comme disait la speakerine avant la diffusion, l’action (cascades de western et paysages espagnoles grandioses).
La brillante réussite de l’oeuvre, en tant que spectacle, associée à sa patine de l’air du temps (comédiens et musique sexy) la déplace en objet pop indiscutable.
Après, avouons que Victor Hugo au scénario, ce n’est pas mal non plus.

~ par 50 ans de cinéma sur 16 janvier 2018.

Une Réponse to “La folie des grandeurs, 1971”

  1. Chapeau bas !

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