Pasolini, 2014

Abel Ferrara


L’exposition consacrée à Pier Paolo Pasolini par la cinémathèque française m’avait laissé de marbre: beaucoup d’écrits sous verre, tentatives de reconstituer la Rome de l’époque… pas beaucoup de vie.
Parallèlement, l’annonce d’un biopic par Abel Ferrara m’avait ramené aux propos d’un ami, dépité de se voir entouré de dames respectables lors d’une rétrospective du cinéaste grunge, alors qu’il fantasmait une assemblée de poètes clodos.
Alors cette fois, c’est fait, Abel au musée?
Pour Ferrara, filmer la dernière journée de l’intellectuel italien est en fait l’aboutissement de ses récentes recherches cinématographiques. Après avoir filmé un Jésus gangster de la rédemption (« The king of New-York »), un Jésus sanglant porteur de pardon (« Bad lieutenant ») ou encore la pietà de « Mary », il se confronte au cinéaste catholique torturé par excellence et donc à son propre prophète : Pasolini.

Il le fait avec beaucoup de modestie et de finesse, rappelant qu’il lui faut très peu pour faire lever sa pâte cinématographique vers les sommets : une ruelle, des regards, des retranscriptions bien documentée, quelques gestes… et aussi un acteur extraordinaire. Willem Dafoe s’y connaît en parcours christiques comme en cinéma ferrarien, avec douceur, il apporte l’émotion à un personnage que l’on craignait fermé dans ses représentations d’artiste maudit, marxiste chrétien et mauvaise conscience de l’Italie mortifère des années 70.
Le dialogue démarre en anglais, ce qui agace un peu, mais se révèlera comme une ultime pudeur de la part du metteur en scène : alors qu’il s’approche de sa fin, Dafoe Pasolini se met à parler en italien, et l’on réalise que Ferrara imprime à même son film sa propre progression pour s’emparer de la langue de son maître.
Il lui offre aussi le cadeau posthume de filmer l’uns de ses contes, interprété par celui qui fut son amant et son disciple, Ninetto Davoli.
Rien de morbide dans tout cela, pour preuve, Ferrara fait résonner (raisonner?) ses propres films : à la jeune vampire qui déclarait dans « The addiction » nous ne sommes pas mauvais parce que nous faisons le mal, nous faisons le mal parce que nous sommes mauvais, il oppose un Pier Paolo fatigué mais serein pour qui seule la société corrompt l’homme.
Presque de l’espoir.

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~ par 50 ans de cinéma sur 1 juillet 2017.

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