New-York 2 h du matin, 1984

Fear city

Abel Ferrara

Des strip-teaseuses de Manhattan sont assassinées par un tueur en série. Un ancien boxeur reconverti en détective arpente les clubs à la recherche du meurtrier.
Cela ressemble à un remake US de « Rue Barbare » de Gilles Behat ou à un épisode de « Miami vice ».
Or, Ferrara a réalisé quelques épisode de la série policière floridienne, et cela nous avait fait fantasmer : Sony Crockett, Ricardo Tubbs, les costumes Armani, les bimbos, les bolides, l’alligator … filmés par l’homme de « L’ange de la vengeance ».
Je n’ai finalement jamais vérifié.
Toutefois, une expérience limite dans la filmographie de l’auteur m’incline à penser que le fantasme pourrait se révéler décevant.
En 1989, le cinéaste réalise « Cat chaser », adaptation d’Elmore Leonard avec Peter« Robocop »Weller. La présence de ce dernier fait le lien avec les séries B produites par James Glickenhaus, soit le pendant bis de Ferrara, peut être son idéal inconscient, lui qui vantait les amateurs de cinéma d’action des videoclubs comme les seuls véritables cinéphiles.
J’avais donc très envie de voir « Cat chaser », même si le vendeur m’avait expliqué que oui ça avait l’air bien mais en fait non…même si le seul supplément du DVD consistait en une analyse d’une universitaire qui expliquait que le métrage était déserté par son auteur, dans une pose presque dandy, mais n’empêchait pas le résultat d’ être nul.
Et tous ces gens avaient raison. Cette série B selon Abel Ferrara ne fonctionnait jamais.


Pourquoi cela fonctionnait si bien dans le précédent « New-York, 2h du matin », dont le pitch n’était pas plus sophistiqué et qui alignait un casting bis de première bourre (Tom Berenger avant les « Substitute » et autres « Sniper », Melanie Griffith rodant son numéro sexy de « Body Double », Rae Dawn Chong attendant Schwarzenneger…)?
Nous rêvions d’un réalisateur punk dont la filmographie débute par « Nine live of a wet pussy » (on ne vérifiera pas non plus) pour aboutir aux pages des « Cahiers du cinéma ».
Nous oublions qu’il s’agissait d’un auteur et que c’est pour cela que nous l’aimions.
Perdu à Miami ou sous les tropiques, le cinéma de Ferrara perd ses repères. Et je maintiens le lien avec les productions Glickenhaus (« Blue jean cop » comme version pop de « New-York, 2h du matin » ou « L’exterminateur » comme version bis de « L’ange de la vengeance »), ce sera pour souligner à quel point les films du cinéaste de Brooklyn en constituent l’envers mental.
Tom Berenger et Billy Dee Williams trainent leur testostérone dans la nuit, semblant envier les explosions pulsionnels du dragon rouge qu’ils poursuivent. La violence se retrouve dans les cadrages, dans la foule, les décors, rarement au premier plan.
Ferrara joue les baroudeurs et ravie les fans avec le combat final Kung Fu versus boxeur, mais il reste un observateur de l’interstice, le réalisateur profondément fin d’un squelette de série B parfaite.

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~ par 50 ans de cinéma sur 5 juin 2017.

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