Mad dog and Glory, 1993

John McNaughton

Ainsi, quelqu’un avait raconté ma vie sentimentale dans un épisode parallèle des Sopranos…
Cela commence comme une erreur de casting : l’histoire d’un schmock qui tombe amoureux de la fiancée d’un gangster, avec Bill Murray et Robert DeNiro. Mais c’est De Niro qui interprète le premier et à Murray qu’il incombe de jouer l’affranchi. Serait-ce une parodie ?
Pourtant, avec Scorsese à la production, Richard Price au scénario et l’homme du glaçant «Henry, portrait of a serial killer» à la caméra, nous serions en droit d’attendre du polar destroy.
Pourtant, la musique d’Elmer Bernstein donne au film un lustre de comédie sophistiquée.
On attend une descente aux enfers dans la veine d’Abel Ferrara, et on se retrouve face à un conte moral que ne renierait pas Woody Allen.
«Mad Dog et Glory» est bien le produit de ces éléments disparates et qui en font le prix.
D’ailleurs, l’histoire est un peu plus compliquée que le résumé ne le laisse supposer :
Un flic débonnaire sauve un truand, sans vraiment le faire exprès. Pour le remercier, le gangster lui envoie Glory, jolie fille qui est son employée. Lent à la détente, le flic croit en l’amour et tente de sauver la belle de la mafia. Les 2 hommes se trouvent confrontés à leurs actes: le gangster en psychanalyse aux pulsions qu’il a fait naître, le bon gars à la liberté retrouvée de la femme qu’il aime et qui s’éloignera inexorablement.

Dans ce film étrange et profond, les personnages comme leurs interprètes se confrontent également à certaines mythologies du cinéma (le gangster théâtral et violent contre le comique lunaire) comme si chacun rejouait la filmographie de l’autre. Ces effets déformants créent une ambiance trouble où s’entrechoquent la violence, la sexualité, les rôles, la puissance, la faiblesse et les fascinations morbides afférentes.
Les mauvaises vibrations de «Henry» semblent innerver la mise en scène de McNaughton tandis que l’écriture minutieuse de Richard Price préserve l’humanité du film des tentations nitzschéénnes.
Si le métrage reste difficile à circonscrire (dans son genre, dans son ton, son propos même), c’est pour notre plaisir de spectateur au goût prononcé pour l’inconfort.
Un geste de bonté se voit renvoyer la pulsion retorse qui le sous-tend (posséder à son tour la femme libérée) et dans le même temps celui qui détient le pouvoir décide de pas tuer, justement parce qu’il pouvait le faire.
A l’inverse des histoires de vampires qui nous séduisent tant, «Mad Dog» raconte une contamination du mal par le bien.
La lente dissolution de John Mc Naughton dans la jungle hollywoodienne ajoute, désormais, un mystère à cette oeuvre unique.

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~ par 50 ans de cinéma sur 18 avril 2017.

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