Il est difficile d’être un dieu, 2015

Trudno byt bogom

Alexeï Guerman

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En 2016, George Miller a ressorti son « Fury Road » dans une version black and chrome. Cette coquetterie pour fan fait son effet, le film rejoignant immédiatement les grands classiques du western.
Le noir et blanc fait également office de passerelle secrète entre les routards furieux et les gueux apocalyptiques observés par Alexeï Guerman.
Les 2 oeuvres entretiennent un lien trouble, par leurs galeries d’empereurs furiosos, et probablement aussi car ils auront saisi un certain état du monde, comme peu d’autres.
Guerman s’empare d’un roman des frères Strugatsky, lequel plonge un groupe de scientifiques, envoyés sur une planète plongée dans un Moyen-Age chamanique.
Que l’on se rassure, ce court résumé ne survit pas une seconde au maelström païen et paillard du réalisateur russe.
Le fabliau dure 3 heures, ce qui est épuisant mais nécessaire.
Il serait tentant de le présenter comme la version intellos de « Game of throne » (magnifique collection d’armures et de sorcières) mais ce serait un contresens : la série HBO est bien plus intellectuelle que le magma tripal nommé « Il est difficile d’être un dieu ».

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Tout d’abord, l’oeuvre se décale quelque peu par rapport aux attentes du spectateur, lequel avait peut-être en tête un film tourné sur plus de 10 ans, dont la genèse entra dans la légende via un reportage des cahiers du cinéma où la langue de Rabelais semblait prendre forme sous le pinceau de Francis Bacon.
Mais nous regardons une oeuvre posthume, sans être certain que son auteur l’ai véritablement terminée. Le savait-il ? Le pouvait-il ?
En l’état, la mise en scène évacue la truculence inhérente à la filmographie du réalisateur de « Mon ami Ivan Lapchine ». Quelques éclats de bouffonnerie peuvent tromper, la durée et le rythme lancinant auront raison d’eux.
Il n’y a pas d’espoir sur cette planète, pas d’issue, les visions d’Alexeï Guerman fascinent mais portent en elles une humeur de ténèbres, comme si l’artiste avait décidé de donner corps à l’enfer, une idée simple et folle, comme les artisans de l’an 1000 donnaient leur vie pour une représentation sacrée.
Mad Max se permet encore la rutilance d’un black and chrome. Plus radicaux, les chevaliers fous s’abandonnent en noir et noir.

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~ par 50 ans de cinéma sur 28 février 2017.

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