Elle, 2016

Paul Verhoeven

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J’ai vu très tard la suite de « Robocop » réalisée par Irvin Kershner en 1990. Je me doutais que cela ne pouvais pas être réellement bien, mais j’en avais envie, sur la foi d’un scénario de Frank Miller.
Or, durant 20 minutes, « Robocop 2 » le fait plutôt pas mal. Cynisme politique et comique book destroy… un doute m’assaillit alors : le style Verhoeven serait-il si facilement imitable?
La suite s’est révélée rassurante : l’humour panzer et les gerbes de sang ne suffisent pas à maintenir l’intérêt pour le métrage.
En 2016, le producteur Said Ben Said a invité le cinéaste de 78 ans à réaliser son premier film français. Pareille proposition, si elle honore notre cinéphilie, n’est pas toujours garante de réussite. Il existe presque un genre film de maître apatride , on les appelle parfois aussi grands films malades ou chef d’oeuvres crépusculaires
Le projet s’inspire d’un roman de Philippe Djian, lequel suit une femme mûre dont la réussite sociale cache un douloureux secret lié à son enfance. Violée par un inconnu, sa vie bascule dans un jeu pervers.
Cette histoire est très Verhoeven et le réalisateur hollandais la suit minutieusement.
Pas de surprise donc pour qui a lu le livre.
Pas de surprise non plus, au premier abord, dans la manière d’appréhender le cinéma français : pavillons cossus, bons restaurants et bourgeoisie repue.
La présence d’Isabelle Huppert nous oriente vers l’hommage chabrolien. Mais comme ce n’est pas le grand Claude qui dirige, « Elle » ressemble rapidement à un Huppert movie. La catégorie ne compte pas que des navets et la confrontation avec un personnage à sa hauteur est un véritable plaisir de spectateur. Mais comment raccorder cela à notre chère politique des auteurs?
Et bien « Elle » ne sera pas « Robocop 2 », ce sera même le contraire.
Au mitan du film, le réalisateur rattrape son actrice et ne la lâchera alors plus. C’est un simple champ / contre champ entre l’héroïne et son image sur un poste de télévision, mais c’est aussi une scène miroir qui révèle la dimension horrifique de l’oeuvre. Tout à coup la reine est en danger, toujours star, mais un démiurge est à l’oeuvre.
La suite évolue alors en un pas de 2 jouissif qui culmine lorsque Huppert raconte son terrible secret à un Laurent Lafitte déconfit. Un moment de cinéma extraordinaire qu’elle conclut par un pas mal hein! entré dans l’histoire du 7e art.
A cet instant, « Elle » l’actrice et « Elle » le film fusionnent par la grâce d’un regard de cinéaste.

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~ par 50 ans de cinéma sur 19 janvier 2017.

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