Aquarius, 2016

Kleber Mendoça Filho

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Clara, la soixantaine, ancienne critique musicale, est née dans un milieu bourgeois de Recife, au Brésil. Elle vit dans un immeuble singulier, l’Aquarius construit dans les années 40, sur la très huppée Avenida Boa Viagem qui longe l’océan. Un important promoteur a racheté tous les appartements mais elle, se refuse à vendre le sien. Elle va rentrer en guerre froide avec la société immobilière qui la harcèle. Très perturbée par cette tension, elle repense à sa vie, son passé, ceux qu’elle aime.
C’est donc un film qui parle de beaucoup de choses : du temps qui passe avec ses belles chansons de pop sixties brésiliennes; du quartier de Recife dont Kleber Mendonça Filho fait un personnage à part entière de sa filmographie; ou encore des soixante huitards qui refusent leur fin de règne et tentent quelques dernières fugues jouisseuses…
Il serait tout cela (ainsi qu’une dénonciation plus convenue des abus des promoteurs immobiliers), « Aquarius » serait déjà un très beau film.
Mais, il loge en lui une étrangeté indéfinissable, celle qui m’avait tant séduit dans le précédent opus du cinéaste: « Les bruits de Recife ».
Ce portrait de femme et d’époque m’a beaucoup fait penser au roman que David Cronenberg venait d’écrire : « Consumés ». Il y est également question de souffrance mammaire et d’invasion d’insectes.
De manière plus personnelle, le film de Mendonça Filho m’a renvoyé à ces rêves durant lesquels l’espace des lieux familiers ne cesse de se dérober à notre mémoire rationnelle pour s’ouvrir en zones de pure inquiétude.

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Clara semble découvrir sans cesse son appartement qui est pourtant comme une seconde peau pour elle.
C’est alors que les réactions du personnage font dévier le scénario académique de la vieille dame digne face à l’injustice vers un thriller mental et ludique.
Au début, un flash-back nous présente la tante de Clara, vieille dame digne également mais dont l’esprit s’égare, alors que ses petits enfants déclament un poème en son honneur, dans des souvenirs érotiques puissants. Le film passe au présent et retrouve donc Clara dans son âge mûr, solitaire mais comme peut l’être un samouraï. Nous savons qu’elle a survécu à un cancer et lorsque le réalisateur la capte, après sa séance de sport quotidien, nue sous la douche, son sein amputé la confirme comme une reine amazone.
Plus tard, lorsque les salauds de promoteur organisent une partouze dans les appartements du voisinage, Clara, pas si choquée, en ressentira une pulsion sexuelle qu’elle assumera dans les bras d’un gigolo.
Dans ce film où des termites tiennent un rôle important, le désir agit comme une force qui ronge de l’intérieur.

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~ par 50 ans de cinéma sur 13 janvier 2017.

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