Le disciple, 2016

(M)uchenik

Kirill Serebrennikov

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Vu de 2016, « Le disciple » pose un vrai sujet : l’histoire d’un adolescent flemmard et provocateur qui se révèle dans le fanatisme religieux. Nous sommes dans la Russie de Vladimir Poutine comme le rappellent les portraits dans le lycée, mais on pourrait être ailleurs.
Sujet lourd et courageux, pour une mise en scène qui se doit d’apparaître au diapason.
On imagine le défi pour un cinéaste.
Pendant 2 heures, Kirill Serebrennikov joue une partition indécidable, marquant l’origine théâtrale de son matériau par de longs dialogues et adaptant ses mouvements de caméra aux allers et venues des acteurs.
En résulte une virtuosité et même une puissance scénographie typiquement russe, au risque d’une certaine pesanteur.
Comme on l’a souvent reproché à son compatriote Zviaguintsev, Serebrennikov est fort, presque trop. C’est paradoxalement son idée la plus audiovisuelle qui charge le plus inutilement le trait, lorsqu’il fait apparaître sur l’écran chaque référence biblique citée par le héros exalté.
Toutefois, ces reproches constituent un mauvais procès.
Le sujet impose de lui-même un certain poids moral que la réalisation ne fait que souligner tandis que le réel se charge de peser de son côté sur la conscience du spectateur.
Dans la guerre des idées, le manichéisme constitue une arme redoutable. Le mystique est habillé de noir face aux autres élèves de blanc vêtus, il déplore que le christianisme ne produise plus de martyrs contrairement aux autres religions, il abhorre la chair… alors le réalisateur le pousse dans ses retranchements en en faisant un antéchrist tout en dévoilant l’aveuglement de l’entourage (une professeur nostalgique du stalinisme, la mère effrayée puis conquise, la directrice séduite par l’orientation puritaine qui lui est offerte…).
Les scènes durent jusqu’à l’épuisement et souvent, de manière réjouissante, jusqu’au grotesque, une poésie bouffonne prenant le pas sur les sermons sinistres.
Le film trouve ainsi son équilibre par la grâce du seul personnage positif, une professeur de biologie qui s’oppose au délire religieux qui semble contaminer l’ensemble du monde scolaire.
La jeune femme aurait pu ressembler à une héroïne de vertu laïque (et donc un bloc de morale censé proposer un double à l’audience éclairée de l’oeuvre) mais le réalisateur et son actrice (merveilleuse Victorya Isakova) lui insufflent une folie inquiète qui prend en charge l’aspect étonnamment solaire de cette histoire sinistre.

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~ par 50 ans de cinéma sur 7 janvier 2017.

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