Mad love in New-York, 2016

Heaven knows what

Ben & Josh Shafdie

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J’aime beaucoup quand les articles des Cahiers du Cinema confirment mes intuitions, et sur ce coup-là, je l’ai bien vu venir.

Dès que la belette dark incarnée par Arielle Holmes décline son patronyme (Harley), j’ai songé au Joker. Harley Quinn est la victime amoureuse du plus célèbre ennemi de Batman. Une association incongrue ? Les frères Shafdie ont choisi le nom du personnage pour cette analogie, une évidence. De même, lorsque le journaliste des Cahiers décrit une affiche de «The king of New-York» dans le bureau des frangins, se confirme que j’étais sur la bonne voie pour rentrer dans «Mad love in New-York». Il faut dire, que les rois du mumblecore m’avaient mis sur les rails avec une longue citation de «Hellraiser».

Sur le papier, leur 3ème long métrage semble s’inscrire dans une veine de réalisme social allant de «Panique à Needle park» de Jerry Schatzberg à «Sue perdue dans Manhattan» d’Amos Kollek en passant par une portion de la filmographie de Spike Lee. Pourtant, dès les premières images du baiser cannibale, le doute s’insinue. Nous suivrons ainsi Harley, guerrière de la rue, addict à diverses substances mais surtout au voyou toxique Ilya. Le film ne racontera pas plus, une histoire de défonces, de bagarres et de misère.

La bande son, démente, détourne les attentes vers une stylisation baroque qui mêle la techno de Headhunterz, une BO de giallo («Oedipus Orca» d’Eriprando Visconti), Debussy revisité par Isao Tomita et des spirales hallucinogènes composées par Paul Grimstadt. Lequel Paul Grimstadt avait déjà imaginé la musique terrifiante du génial «Frownland» de Ronald Bronstein. Et Bronstein officie comme co-scénariste et monteur de «Made love in New-York». Le territoire commence à se circonscrire.

Les 2 réalisateurs ne semblaient pas devoir le fouler, mais si l’on songe aux fugues nocturnes de «The pleasure of being robbed» ou au père indigne de «Lenny and the kids» qui administre un somnifère à ses fils, on se dit que leur cinéma contenait bien des secrets en jachère. Ces recoins s’exposent ici comme on sort les entrailles d’un animal pour une messe noire.
Lorsque Harley, en mode pause/high chez une étrange vielle dame, regarde les égorgements des cénobites à la télé, plus de doute. Ces personnages terribles qui ne se définissent jamais comme des victimes sont les protagonistes d’un authentique film d’horreur.

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Juste pour confirmer, lors d’une rixe sordide, l’inquiétant Ilya y va à coup de shuriken. Ce n’est plus «Hellraiser» mais une version hard de «Buffy contre les vampires» (comparaison pas si déraisonnable si l’on considère que le film des Shafdie répond à beaucoup codes du vampirisme et qu’en son temps, Buffy elle-même entretenait des amours compliqués avec des garçons monstrueux).

Le genre est parfaitement codifié, on pourrait l’appeler le New-York gothic et il a ses classiques (un burlesque lo-fi avec «Basket case» de Frank Henenlotter, un teen movie avec «Kids» de Larry Clark, un gore traumatisant avec «Maniac» de William Lustig, une dérive glauquissime avec «Combat shock» de Buddy Giovinazzo, une déclinaison italienne comme tous les genres avec «L’éventreur de New-York» de Fulci, une palme d’or avec «Taxi driver» de Scorsese) et même un auteur attitré, Abel Ferrara, dont les «Ange de la vengeance», «Driller killer» et «The addiction» ont sans doute innervé le présent métrage toute autant que le bien nommé «King of New-York».

Harley et Ilya s’enivrent de death metal à la bibliothèque municipale entre un fix et un vol à l’étalage. Ils sont les derniers véritables punk de la ville, et en réclament le destin sordide (comme me disait une amie travailleuse sociale : un punk après 20 ans c’est un clodo) personnages effrayants et fascinants incarnés par des acteurs au plus près de leurs rôles (le film est inspiré de la véritable vie d’Arielle Holmes) et au-delà de la vérité.

Au début, une séquence magnifique capture Harley dans un hôpital, après une tentative de suicide. La scène est muette, uniquement rythmée par le score atonal de Grimstadt. Pour revenir au Joker, on croirait qu’elle est filmée en direct de l’asile d’Arkham du fait de ses teintes verdâtres et du ballet de freaks qui s’y déploie. Pour sidérantes qu’elles soient, ces images nous laissent craindre que Harley et ceux qui gravitent autour d’elle ne soient filmés que comme des animaux féroces, par une caméra clinique. Le talent des Shafdie consiste alors à conserver une proximité sans faille avec leurs personnages.

Pauvres et dangereux ils restent les héros d’un film qui par ses choix de focales reste implanté dans la ville et dans la vie pour s’ouvrir en un cauchemar halluciné.

http://www.youtube.com/watch?v=zxWMc7iHt8Q

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~ par 50 ans de cinéma sur 1 janvier 2017.

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