Retour vers le futur, 1985

Back to the future

Robert Zemeckis

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C’est la face rigolote du retour des réactionnaires aux USA. Un coming out (involontaire ?) qui ne cesse de fasciner par son alternance de lapsus et de moralisme qui se transforment en provocations hallucinantes.
Pris au piège d’un scénario bétonné, véritable modèle pour écoles de cinéma, Zemeckis et son producteur, l’innocent pervers Spielberg, se retrouvent à dévoiler toutes les zones d’ombre de l’ère Reagan. Les principaux artisans du système sont les premiers à le torpiller de l’intérieur.
« Retour vers le futur » c’est donc ce divertissement parfait, drôle et malin, drôle parce qu’il fait se sentir malin. Un spectacle familial à recommander à vos amis. Marty Mc Fly et Doc Brown sont les héros préférés des 7 à 77 ans qui ne ratent jamais une rediffusion de leurs exploits à la télé !
C’est aussi le premier véritable jalon d’une oeuvre malade où le spectacle menace sans arrêt d’engloutir ceux qui y assistent. Robert Zemeckis veut réécrire l’Histoire, il a pour ça une arme qu’il maîtrise comme personne : les effets spéciaux. Les étoiles (« Contact »), le monde des cartoons (« Qui veut la peau de Roger Rabbit »), la mort même (« Death becomes her ») ne sont plus des limites dans ce projet de cinéma fascinant et angoissant. Son film cerveau à lui, c’est « Forrest Gump » et son héros ahuri qui vit la seconde partie du Xxe siècle américain comme un touriste à Disneyland.

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Pour son premier blockbuster mondial, Zemeckis fait déjà fort. D’abord la famille, naïvement idéalisée mais représentée dès l’introduction du film comme le terreau de toutes les dépressions. Il semblerait presque que ce n’est que pour lui échapper que Michael J Fox s’embarque dans son périple (en réalité, c’est pour échapper à des terroristes moyen-orientaux à qui Doc a volé de l’uranium !!!). Ce voyage le mènera donc aux origines, au temps de l’innocence, les années 60. Des années 60 ripolinés, un « Yesterday » uniquement constitué de « happy days ». La guerre froide n’est pas imaginable, personne n’a entendu parler des conflits d’Indochine ou de Corée, les boucheries de Pearl Harbor ou Omaha beach sont bien oubliées. L’idée est donc de reconstituer le futur. Au prix de l’oubli, au prix d’un inceste plus que suggéré de Marty avec sa mère (cet être parfait dans chaque société idéale).
Face à la crise et aux doutes, une solution : repartir en arrière. « Retour vers le futur » se fait encore plus radical que « Star wars ». Avec une belle morale capitaliste en prime. Si tu veux, tu peux ! Le loser, tel le prince, se transformera miraculeusement en roi (des affaires).
Ce qui fascine, c’est la bonne santé avec laquelle le film porte ses valeurs et leurs contradictions dans le même mouvement. Le libéralisme, finalement, c’est simple, pour peu que l’on ait une baguette magique (ou une Dolorean flambante, c’est encore mieux).
Les dernières images appellent une suite immédiate. C’est le piège du système, il ne se satisfait jamais d’une victoire mais aspire à une guerre éternelle. Ce n’est pas un problème pour Zemeckis et Spielberg, dans leur monde magique des gentils amuseurs financiers, ils sont invincibles !

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~ par 50 ans de cinéma sur 12 novembre 2016.

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