Showgirls, 1995

Paul Verhoeven

Arrivé à Hollywood, Paul Verhoeven a cassé la baraque avec un film intellectuel, politique, ultra cynique et spectaculairement brillant. C’est cette dernière caractéristique que retint le duo de producteurs Mario Kassar et Andrew Vajna, dirigeants de Carolco pictures, la maison qui avait vu naître «Rambo».

Les 2 philanthropes signèrent alors de gros chèques afin que le cinéaste hollandais réalise des blockbusters explosifs et racoleurs.

Chose faite avec «Total recal» et ses 65 millions de dollars de budget (un record à l’époque), puis «Basic Instinct» qui incendia la croisette cannoise avant le box office mondial.

Pas de réévaluation personnelle de ces 2 films qui m’ont longtemps tenu éloigné du cinéma puissant et ambitieux de Paul Verhoeven.

Revu aujourd’hui, «Basic instinct» laisse toutefois une impression étrange, celle d’une expérience bâclée, comme si le cinéaste avait envisagé un remake de son «4e homme» sous la lumière des tableaux de David Hockney pour finalement se ranger devant les impératifs d’un thriller d’obédience «Hollywood night».

A la sortie du film, on avait parlé que dollars : les 14 millions touchés par Michael Douglas, les 3 millions du scénariste Joe Eszterhas, les millions que Sharon Stone pourrait exiger à l’avenir… Comme souvent, ce genre de considération précipite une nouvelle collaboration. Eszterhas pond un nouveau scénario dans lequel on ne s’embarrasse plus d’intrigue de série noire : c’est le sexe qui fit vendre «Basic Instinct», «Showgirls» n’aura donc pas d’autre enjeu. Kassar et Vajna ressortent leur chéquier et invitent Verhoeven…

Mais ce dernier, maintenant réalisateur star, décide de pousser le bouchon un peu plus loin que ses partenaires ne l’espéraient.

A travers l’histoire de Nomi Malone, stripteaseuse à la conquête de Las Vegas, Paul Verhoeven retrouve la rage qui l’animait lorsqu’il réalisait «Katie Tippel». Il se livre alors à une orgie de cynisme moral et mauvais goût visuel qui s’achève dans une atmosphère de désespoir poisseux.

Werner Herzog définit l’american gothic comme un cauchemar qui ne serait pas rempli de monstres mais de vide. Avec «Showgirls», Verhoeven nous plonge dans ce vide. Il n’y est question que de sexe et de show mais jamais de désire ou de mystère. Les hommes et les femmes se possèdent mais ne songent même plus à y prendre du plaisir.

Carolco pictures fit faillite suite au bide noir de ce film érotique qui n’enflamma aucune libido.

Injuste, car contrairement aux 2 oeuvres précédentes, nous avions ressenti un frisson unique et inoubliable!

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~ par 50 ans de cinéma sur 5 octobre 2016.

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