Week-end à Zuydcoote, 1964

Henri Verneuil

A 10 ans, j’était fier de compter dans ma vidéothèque une conséquente collection de films avec Belmondo. Je disais d’ailleurs plus de Belmondo, sans doute mon auteur préféré à cette époque. Du rire, de l’action, des bagarres, parfois des avions, souvent des coups de pieds dans les roubignoles. Michel Beaune, Pierre Vernier et Michel Creton alternaient les rôles de copains, de crapules, de cocus. On savait ce qu’on allait voir et on était content.

Puis, j’ai découvert un Belmondo dans lequel je ne savais pas ce qui allait se passer. Il s’agissait d’un film de guerre poisseux où la star se retrouvait lâche et sale. Il croisait beaucoup de gueules amies (Jean-Pierre Marielle, Georges Géret, François Périer, Pierre Mondy, Dominique Zardi, Paul Préboist… tous sombres héros de l’amer), sans que cela ne nous rassure jamais.

Dans « Week-end à Zuydcoote », j’assistais, terrifié, à une scène de viol où Belmondo arrivait un peu tard et se faisait casser la gueule par les salauds. Il finissait par les flinguer, presque dans le dos, comme on élimine des chiens enragés, sans haine, juste parce qu’il faut bien que quelqu’un s’en charge.

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Les collaborations Belmondo / Verneuil se sont enchaînées dans un ordre étrange. D’abord le désenchanté « Un singe en hiver » et ce « Week-end » de désespoir, ensuite le viril « Peur sur la ville » et le glamour « Le casse », comme si leur mélancolie en sous-sol les avait autant effrayé que l’enfant que j’étais. Pour leur dernière collaboration, ils trousseront un film de bidasses sans finesse, « Les morfalous », indigne de leurs éclats précédents.

De toute façon, il était trop tard, j’avais goûté au voyage au bout de la nuit des soldats français abandonnant le front de juin 40 sur une plage du nord.

Bebel raconte que le tournage était très drôle. Par exemple, le facétieux Perrier s’ingéniait à déclencher les explosifs minutieusement placés, toujours avant que Verneuil ne lance la caméra. Je souris de penser qu’une telle bande ait pu travailler à une oeuvre aussi profondément triste.

C’est aussi grâce à eux que j’ai appris à être content de ne pas savoir ce que j’allais voir!

Week-end ˆ Zuydcoote 1964 Real : Henri Verneuil COLLECTION CHRISTOPHEL

Week-end ˆ Zuydcoote
1964
Real : Henri Verneuil
COLLECTION CHRISTOPHEL

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~ par 50 ans de cinéma sur 12 août 2016.

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