Walkover, 1965

Jerzy Skolimowski

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Un intervenant dans mon école de cinéma avait toisé la promotion avec condescendance, raillant la démarche d’aller à l’école pour faire du cinéma. Cela ne m’avait pas fait plaisir, mais je crois qu’il avait un peu raison. Même si ce n’est pas un péché, nous étions là, pour la plupart, pour faire cinéma, sans le savoir sans doute, bien plus que pour en faire…
Depuis ces années, alors que le cinéma me nourrit, sans que j’appartienne à son industrie, mais que je me persuade que voir, écrire et penser le cinéma c’est aussi un façon d’en faire, je conserve une fascination totale pour les cinéastes qui se jette dans la discipline comme dans une guerre, un océan, les gestes fous et absolus de cinéma, les destins de cinéastes dont on pourrait faire des films extraordinaires (vous aurez peut-être reconnu vos propres réalisateurs ou réalisatrices préférés).
Skolimowski est un poids lourd dans cette catégorie.
Né à Lodz en 1938, fils de résistants, son enfance sera imprégnée des séquelles du nazisme et de la dictature stalinienne sur la Pologne. Son goût de la provocation l’amènera à l’exil entre la Belgique, l’Angleterre, les Etats-Unis et la France. Il se permettra d’arrêter le cinéma pendant 17 ans suite à un film décevant et se consacrera à la peinture avant de revenir souverain à 70 ans avec «4 nuits avec Anna» et «Essential killing».
En 65, à 27 ans, il réalise son second long métrage, mais en réalité le premier, si l’on considère que «Signe particulier : néant» est un bout à bout de courts métrages d’étudiant (une autre belle idée de la résistance en cinéma).
Ce film prend sa place dans une trilogie dont il interprète le héros : Andrzej Leszczyc, jeune marginal qui ne tient pas en place et se prépare à un match de boxe. Cette agitation, lui permet de définir sa mise en scène, entièrement dédiée à l’action. Andrzej est constamment en mouvement, soit pour se défendre, soit pour fuir, à la caméra de le suivre.
Faute de finances, Skolimowski s’obligeait à tourner les séquences en une prise unique. D’un côté comme de l’autre du cadre, «Walkover» est donc un marathon, une question de jeu de jambe et de rythme. Un réorganisation constante du temps et de l’espace.
L’histoire d’un metteur en scène qui donne tout.

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~ par 50 ans de cinéma sur 7 février 2016.

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