Le loup de Wall Street, 2013

The wolf of Wall Street

Martin Scorsese

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Dans son documentaire «Directed by John Ford», Peter Bogdanovitch démontrait que l’on pouvait étudier la première partie de l’histoire de l’Amérique, à travers les images du peintre de Monument valley.
«Gangs of New-York» en prologue, «Mean streets» puis «Les affranchis» pour les années 50/70, «Casino» pour les 70/80’s où les goodfellas abandonnaient Las Vegas aux banquiers puis «Le loup de Wall street» qui ausculte la mutation des flux financiers occultes sur la période 80/90 : il est désormais clair que l’on peut considérer de la même manière la filmographie de Martin Scorsese, à condition d’envisager l’histoire de l’Amérique sous l’angle du crime.
Cette cohérence d’auteur admirable nous rend indulgent lorsque Marty se laisse aller à la Cinémathèque, disant qu’il ne sera jamais un cinéaste hollywoodien.
On le pardonne d’autant mieux qu’il est devenu le meilleur dans ce registre.
On peut même affirmer que depuis les années 2000, il s’est évertué à accéder à la place de premier artisan au milieu de l’industrie, rusant avec stars, méga budgets et effets spéciaux high tech, pour rattraper son camarade Spielberg.
Après l’échec de «Bringing out the deads», relique des ruminations morbides partagées avec Paul Shrader, «Gangs of New-York» lui donne ses premiers galons: devis à 100 millions, confrontation aux célèbres frères Weinstein et révélation de Léonardo Di Caprio en nouvel alter ego.
Marty enchaîne avec un biopic à oscars («Aviator»), un thriller d’action («Les infiltrés»), un thriller psychologique («Shutter island») et un divertissement familial en 3D («Hugo Cabret»). Entre chacun de ces blockbusters, il a continué a filmer des documentaires sur la pop culture, peut-être histoire de rappeler qu’il n’est pas qu’un cinéaste hollywoodien. N’empêche, et au-delà des réussites artistiques diverses, impressionne l’aisance qu’à développé le réalisateur avec l’image numérique ainsi que son partenariat avec la vedette Di Caprio.
Parallèlement, il aura poursuivi son chemin de cinéphile en parsemant ses gros films d’hommages à Cinecitta, Howard Hugues, Georges Méliès voir le polar hongkongais lorsqu’il remake «Infernal affair» d’Alan Mak.

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Au sommet de cette dernière partie de carrière trône un loup dont la cinéphilie, plus secrète que dans les oeuvres précédentes consiste à revisiter son propre répertoire (avec la complicité d’une plume des Sopranos, Terence Winter).
Le flic qui se définit lui-même comme le schmock de service pourrait croiser Henry Hill vieillissant dans sa banlieue pavillonnaire, Margot Robbie hypertrophie les canons de Sharon Stone, Jonah Hill reprend la partition de Joe Pesci dans une caricature obscène, Jean Dujardin rappelle Kevin Pollack en homme de paille, Jon Bernthal remplace Frank Vincent en tough guy et Leo règne en gangster raté d’avoir trop réussi, dément comme s’il avait digéré l’héritage du père démoniaque qu’incarnait pour lui Jack Nicholson dans «Les infiltrés».
En interview, Scorsese déplore la multiplication des films de super héros où le réel n’a plus de place. Il semble en proposer ici une déformation particulièrement retorse : l’histoire d’un homme qui s’achète littéralement l’oubli du réel. Le super héros ne s’épanouit que grâce à la trivialité des pouvoir qu’on lui accorde. Il vend donc, et ne peut que vendre toujours plus, dans un destin de junkie assumé (la drogue déploie des talents insoupçonnés chez le cinéaste comme chez ses vedettes qui offrent de grands moments de slapstick paillard) et d’obsédé frigide (seule la vitesse est source de plaisir).

Au contraire des films hors réalité, le «Loup de Wall street» réhabilite un art perdu, celui de la satire. Di Caprio électrique comme le loup de Tex Avery ricanant au milieu de décors numériques constitue le portrait le plus réaliste de notre monde, de notre époque, que nous a proposé Hollywood depuis… «Casino»?
Et voilà comment, sous une apparente décontraction, Martin Scorsese est revenu au film parfait.

Wolf

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~ par 50 ans de cinéma sur 17 décembre 2015.

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