Les infiltrés, 2006

The departed

Martin Scorsese

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Juste avant de lâcher le volant pour sa dernière sortie de route, Chris Moltisanti avait eu à coeur de glisser la bande originale de «The departed» dans son auto radio, histoire de partager un coup de coeur musicale avec son passager. Ce dernier ne goûtera pas la version solo de «Comfortably numb» par Roger Waters et précipitera la mort de Chris en l’étouffant froidement dans son propre sang.

Ce passager se nommait Tony Soprano. Un énième hommage au cinéma de Scorsese ne pouvait que l’agacer. Mais Chris (et le scénariste) ne se contentaient pas d’un hommage. Alors qu’il glisse dans le numb, Moltisanti a créé une passerelle avec l’univers qui l’a fait naître : le premier rôle  marquant pour son interprète Michael Imperioli fut le fuck you lancé à Joe Pesci dans «Goodfellas», mot puni d’une balle dans la tête. C’est un monde où les fils désorientés retombent sans cesse dans la gueule de pères cannibales.

Désormais, cet univers, après le film monde «Casino», se voit prolonger par un codicille à la fois rutilant (grosse production all stars) et modeste (remake d’une série B hong kongaise «Infernal affairs»). Il s’agit d’un polar composé de miroirs et de manipulations (lecture à peine voilée de la politique américaine).

Une fois de plus, les orphelins se débattront face à un ogre.

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Si Robert DeNiro s’effaçait progressivement dans les derniers Scorcese (second rôle dans «Goodfellas», homme fragile même pas gangster dans «Casino»), le cinéaste le remplace carrément ici par une autre star de la même génération. Ne faisant pas les chose à moitié, il convoque la créature luciférienne par excellence : Jack Nicholson.

En invitant un californien cool pour pendre la place d’un new-yorkais emprunt du catholicisme de Little Italy, Martin Scorsese se fait, paradoxalement plus latin que jamais.

Dès l’introduction, où son ombre souveraine se déplace sur le « Gimme shelter » des rolling stones (fétiche Scorsésien de longue date), le cabot génial de «Shining» emmène «the departed» vers l’opéra et Dante à coups de regards brûlants et de dialogues obscènes.

Il paraît que Leonardo DiCaprio, Matt Damon et Mark Wahlberg jouent dans ce film. Le titre français ne ment pas, ce sont des infiltrés, tant nous n’avons d’yeux que pour l’empereur Jack.

Sa dernière réplique grow up! ne sera pas entendue. Dès qu’il quitte la scène, les jeunes loups n’ont plus qu’à s’entre tuer… en écho, on peut entendre l’ultime sarcasme d’un cinéaste qui n’a pas fini d’en remontrer à tous les réalisateurs qui prétendent au trône de « nouveau Scorsese ».

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~ par 50 ans de cinéma sur 13 décembre 2015.

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