Casino, 1996

Casino
Martin Scorsese

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Le Niagara lumineux inventé par Elaine et Saul Bass en guise de générique nous annonce un film fleuve. La chute inéluctable de Robert De Niro sur les néons de Vegas et la musique de Bach ne mentira pas, il est question de grandeur.
Si «Casino» valait la somme de ses parties, il s’inscrirait déjà dans la mythologie hollywoodienne. Presque trop bien en fait : casting, photo, direction artistique, bande son, écriture, tout relève du 4 étoiles. A l’époque cela ressemblait à une oeuvre somme. Je me souviens ne pas en avoir pris toute la mesure.
Comme beaucoup, j’y ai vu une variation brillante autour du gangstérisme cher à Hollywood, auquel je confesse avoir préféré, dans un premier temps, «Les affranchis».
Mais le temps a fait son office et la préférence n’a plus de sens.
J’ai tout simplement vécu avec «Casino». Lorsqu’on l’inscrit dans la geste scorsesienne, il s’intercale parfaitement entre lesdits «Affranchis» et «Le loup de Wall Street» comme analyse de l’évolution de la criminalité dans l’Amérique de l’après-guerre. Dans la continuité du premier, il conte le crépuscule d’une certaine forme de mafia tout en annonçant les traders hystériques du second. C’est un grand film sur l’argent et les cahiers du cinéma ont eu raison de dire que Godard a probablement rêvé toute sa carrière de la scène introductive qui voit se déployer les cheminements conjoints de la monnaie, de la corruption et de la surveillance.

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Mais «Casino» vaut mieux que la somme de ses parties. Il dessine l’un des portraits les plus poignants de la filmo du cinéaste : pas un gamin qui avait toujours rêvé d’être un gangster pour finir schmock de banlieue, pas un requin de la finance qui s’achète une aigre crise de conscience, mais un type qui gère honnêtement les revenus de la malhonnêteté et perdra tout par amour.
Quand il parle de ce film, le réalisateur évoque plus volontiers Douglas Sirk que Howard Hawks. Certes, Joe Pesci dispose de sa scène éruptive et d’un nombre considérable de fuck dans ses répliques, mais ses effets s’évaporent lorsqu’apparaît Sharon Stone.
Scorsese n’a pas toujours réussi ses portraits de femmes dans ses films d’hommes (une pensée pour Cameron Diaz, Vera Farmiga et Margot Robbie) mais on n’oubliera jamais la prostituée à paillettes Ginger. Le premier plan que lui accorde la caméra est déjà un coup de foudre. Au dessus du ralenti languide qui capte l’érotisme du port de tête de l’actrice, Scorcese déploie en chef d’orchestre la plus belle partition de sa bande originale : les voix off conjointes de De Niro et Pesci. Mythologiques et brisées, elles inventent le film de gangster mélancolique.

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~ par 50 ans de cinéma sur 10 décembre 2015.

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