Echos d’un sombre empire, 1990

Echos aus einem düsteren Reich

Werner Herzog

echoes

Et si c’était par-là que tout avait (re)commencé ?

En réalité, Herzog s’est toujours intéressé au documentaire, moyen évident pour s’approcher des destins surhumains qui le fascinent. Toutefois, c’est au crépuscule des années 80 que le genre a pris l’ascendant dans sa filmographie.

Le cinéaste n’emmènera plus d’équipes dans la jungle et ne filmera plus Klaus Kinski (si ce n’est sous forme de fantôme dans le beau portrait «Ennemis intimes»).

La bascule est aussi qualitative : en 1987, «Cobra verde» est l’un de ses films (de fiction) les plus faibles, en 1990, «Echos d’un sombre empire» est l’uns de ses plus puissants (documentaire).

Dans ce dernier long métrage, on peut lire la dialectique qu’il mettra en oeuvre dans la suite de sa filmographie, à savoir la confrontation des personnes avec les personnages, des gens avec les figures mythologiques. Les premiers sont interviewés, en face caméra et micro cravate, les seconds hantent les archives ou les incantations des vivants.

Parfois s’opèrent d’étranges transferts et le réel s’incarne dans le simulacre et la folie, tandis que les témoignages déploient l’imaginaire.

«Echos d’un sombre empire» est hanté par Jean Bedel Bokassa mais ce n’est pas un documentaire sur l’empereur de la République Centre Africaine. Les voix du présent sont celles du journaliste Michael Goldsmith, qui a subi les geôles du dictateur, ou encore des enfants de ce dernier, perdus dans son manoir décrépi de la région parisienne attendant les passages des services sociaux.
Les uns et les autres témoignent donc, souvent en arpentant les lieux des évènements, et les abîmes sont vertigineuses comme lorsque l’ancien prisonnier se retrouve face aux cages vides du zoo de Bokassa.

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Les évènements sont fous, ils ont parfois été filmés comme la bouffonnerie terrifiante du sacre impérial aux actualités d’Antenne 2. Nulle reconstitution n’arriverait à la hauteur de ces images grandioses et sordides.

Mais Herzog ne cherche plus la reconstitution, en fin tacticien, il oppose aux journaux télévisés le hors champs, substance ontologique du cinéma. Et ce dernier dispose d’une arme dont il use à merveille, celle qui est à même de rendre la souffrance intime comme la démesure des foules : le verbe.

«Echo d’un sombre empire» ne verse jamais dans le pittoresque. Le grotesque des documents d’époque est systématiquement opposé à la voix de ceux qui ont vécu.

Au début, Goldsmith évoque un rêve dans lequel il voyait la forêt vierge envahie de crabes. A ce moment seulement, Herzog s’autorise la littéralité d’une séquence en apesanteur durant laquelle il suit la migration de milliers de crustacés dans les mangroves, guidés par la voix du journaliste comme les rats hypnotisés par le joueur de flûte de Hamelin.

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~ par 50 ans de cinéma sur 14 octobre 2015.

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