Fitzcarraldo, 1982

Werner Herzog

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Ce sont des livres qui m’ont ramené vers «Fitzcarraldo», film quelque peu méprisé par les cinéphiles et peut-être aussi par son auteur.
Dans l’excellent «Limonov», Emmanuel Carrère évoque une anecdote au festival de Cannes 82, durant lequel il interviewa Herzog. Le mépris que montra le cinéaste à son encontre inspire à l’écrivain une réflexion sur le fascisme et ses origines dès qu’un homme s’estime supérieur et un autre inférieur. Il ajoute qu’Herzog est capable de la plus grande compassion pour des peuples lointains qui correspondent à ses idéaux romantiques mais d’aucune empathie avec ses partenaires qu’il rudoie allègrement.
Carrère n’a pas tort. Mais il oublie un autre livre : «Conquête de l’inutile», le journal de bord que le réalisateur allemand a remis en forme pour en faire un bouquin démentiel.
A son propos, Werner Herzog est sans détour, il le considère comme infiniment supérieur au film. La folie qui imprègne chaque page lui donne raison et puis les cinéphiles cultivent un goût marqué pour les oeuvres impossibles, les films que l’on ne fera que rêver.
Voilà bien la malédiction de «Fitzcarraldo». Ce film existe mais il ne cesse de se mesurer au film qu’il aurait pu être. En l’occurrence, cette histoire d’un aventurier du début du XXe siècle qui se lance dans l’aventure folle de construire un opéra en pleine forêt tropicale, aurait dû être interpréter par Mick Jagger, Jason Robards et Claudia Cardinale. Ce film était prêt, le casting embarqué pour l’Amazonie mais les catastrophes se sont enchaînées, le tournage enlisé et 2 ans plus tard, seule Cardinale reviendra dans la jungle.

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Herzog s’est accroché et pour cela passera toujours pour un inconscient pour qui un plan vaut bien une vie humaine.
«Fitzcarraldo» tel que nous le connaissons prend finalement forme, de charybde en scylla, la malchance poursuivant son travail de sape et Klaus Kinski ses célèbres accès de fureur.
On peut imaginer que le metteur en scène ne fut pas dans ses meilleures dispositions pour accueillir Emmanuel Carrère durant un festival où le film n’obtint qu’un accueil tiède.
Dans un troisième livre, d’entretiens cette fois, Werner Herzog évoquait ses mises en scène d’opéra et fustigeait les films adaptés de ces oeuvres. L’opéra et le cinéma seraient, selon lui, de nature totalement différentes. Il est sans doute bien placé pour le savoir, lui qui entraîna par 2 fois une équipe dans les mangroves les plus sombres pour figurer le rêve d’un homme qui croyait que rien n’était impossible à l’art.
Herzog regarde ce projet de haut, aujourd’hui. Mais, en revoyant «Fitzcarraldo», ses pics de fièvre et le sublime sourire de Kinski à la dernière image, on se dit que le personnage comme le cinéaste furent très proches d’atteindre ce rêve d’absolu.

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~ par 50 ans de cinéma sur 11 octobre 2015.

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