Un flic, 1971

Jean-Pierre Melville

Un-Flic-9

Lors de son entraînement au tir, il est conseillé au commissaire de police de privilégier la vitesse à la précision.

Après le nombre d’or du «samouraï» et la balle logée au milieu du «Cercle rouge», voilà qui relève de la note d’intention.

A sa sortie, «Un flic» avait déçu. Le cinéma de Melville abandonne les icônes, une mèche s’échappe du brushing d’Alain Delon. Il semble que Melville voit ses idoles américaines évoluer vers le réalisme voir le trivial et s’en soit inspiré. Pourtant, le résultat évoque plus les européens décadents (Pasolini, Fassbinder, Bava) que les ruelles de Scorsese ou la poussière de Peckinpah.

Certes, Alain Delon joue les brutes sexy en violentant ses indics et en sadisant un travesti, mais la lumière reste bleue et le flic hiératique. Plus que le réalisme, le cinéaste semble se dirige vers le bis. Après avoir construit une carrière dans le genre, Melville s’autorise à se donner un mauvais genre.

Il n’est pas totalement à l’aise dans cette orientation.

La séquence d’action au coeur du film symbolise un grand écart impossible qui donne toute son étrangeté au métrage. Pour mettre en scène un casse spectaculaire entre un train et un hélicoptère, le réalisateur se fie à des maquettes grossières qui relèvent de la pure parodie. Paradoxalement, lorsque la caméra se concentre sur les hommes, Melville retrouve sa fascination rigoureuse pour les gestes techniques. Le tout est filmé sans aucun second degré, avec patience. 20 minutes d’action zen, uniquement sonorisée par le bruit des moteurs. Un peu comme si Robert Bresson s’était retrouvé à la tête du remake de «Danger Diabolik».

Melville reste donc Melville, emmenant son polar ascétique vers le bizarre tout en restant fidèle aux influences les plus nobles.

Lorsqu’un gangster contemple l’autoportrait de Van Gogh, il baisse les yeux. Peu de temps avant, un champ contrechamp opposait le visage de Delon à celui d’une prostituée assassinée. Dans ce passage entre le regard désincarné de la star et celui de la morte, le malaise se diffuse. Melville nous laisse songer à la Méduse peinte par le Caravage tout en simulant un effet qui n’aurait pas dépareillé dans une bande gore de Lucio Fulci.

Lorsqu’à la fin Deneuve, plus diaphane que jamais, croise les yeux de Delon après avoir trahi son amant, elle n’a pas besoin de lui demander c’est quoi dégueulasse ?

Un flic

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~ par 50 ans de cinéma sur 17 juin 2015.

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