Los Angeles 2013, 1996

Escape from LA

John Carpenter

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En 1998, sort «Hallowen, 20 ans après». John Carpenter ne participe en rien à cette célébration et ne cache pas dans la presse que la modestie du salaire avait motivé son refus.

Pourtant, à peine 2 ans avant, Big John avait goûté aux joies du remake en remettant en selle l’anti-héros Snake Plissken. Grâce à une spéculation hasardeuse sur la côte de Kurt Russell, le chèque avait alors été conséquent et, déjà, Carpenter n’avait rien caché.

«Escape from LA» partait sous ces auspices. On peut soupçonner son auteur de ne rien avoir fait pour en assurer le succès.
Dès la piste de départ, le film dépareillait à côté des blockbusters rutilants «Independance day», «Twister» et «Mission : impossible», des films dont les images ne font que se vendre elles-mêmes comme disait Daney. Pour mesurer le fossé entre ces films et celui qui nous occupe, on pourrait ajouter que les images des premiers ne font plus que vendre l’image suivante voir l’image de leur publicité dans le cas extrême de l’invasion martienne de Roland Emmerich.

A côté, Carpenter n’a rien à vendre. Logiquement sa proposition de cinéma a été très peu achetée.
Mais, est-il un vendu?

Au New-York 70’s crépusculaire, succède un Los Angeles criard pour les années 90. Une ville pour une autre et Snake de se faire une nouvelle fois enrôler pour une mission suicide dans une prison à ciel ouvert avec, une nouvelle fois, un compte à rebours. Sur le papier, peu de choses différencient le film de 79 à celui de 96, à peine un jeu de bonneteau au casting : Valéria Golino joue Adrienne Barbeau, Stacy Keach joue Lee Van Cleef, Steve Buscemi joue Ernest Borgnine, Cliff Robertson joue Donald Pleasance… et le Duke se nomme désormais Cuervo Jones.

Même pour les fans, tout cela ressemblait à un pas en arrière après les folles expérimentations de «L’antre de la folie» et la sereine maîtrise du «Village des damnés».
Nous sommes donc allé voir «Los Angels 2013» comme on assiste au match retour d’un ami plus très jeune, pour les encouragements plus que pour le sport.

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Et comme face à un champion âgé mais rusé, nous avons été cueillis : d’abord par nostalgie (le thème légendaire remixé façon Motörhead) ensuite par l’ironie.
Un sourire béat, nous retrouvons donc Snake Plissken, fourbu c’est à dire à son meilleur, explorant un barnum de science fiction où les révolutionnaires de pacotilles croisent des chirurgiens esthétiques fous et des surfers philosophes.

Carpenter se fout bien de ses producteurs comme de ses effets spéciaux, mais jamais du cinéma ni des spectateurs qui acceptent de le suivre du summum du cool au nihilisme le plus glaçant.
Les péripéties de série Z et les explosions pixélisées menacent sans cesse d’engloutir «Escape from LA», mais John Carpenter fait preuve d’une maîtrise rayonnante, plus hawksienne que jamais, et réalise une fois de plus son ultime tarte à la crème du western déguisé en rollercoster estival.

La fausse suite de «Escape from New-York» est donc très drôle dans ses moments parodiques (coups de griffes à Hollywood), jouissive lorsqu’elle capte une esprit proche de Philippe K Dick (quelque chose de profond se dessine sous la bande dessinée bariolée), émouvante lorsqu’elle dépasse son humour grinçant pour mettre à l’épreuve son héros (la scène du match de basket mortel) et… fondamentalement Carpenterienne lorsque Snake scrute le spectateur de son regard borgne pour éteindre la lumière et renvoyer l’humanité au chaos.

«Independance day» et «Twister» pouvaient bien étaler leurs budgets, leurs stars et leurs images de synthèses, ils ne pouvaient pas gagner. Arrivé depuis peu dans le Los Angeles du futur, Plissken se trouve confronté à une bande qu’il provoque en duel. Il propose que les antagonistes dégainent lorsqu’une boîte de conserve jetée en l’air retombera au sol. Il lance l’objet, abat froidement tout le monde, puis la boîte retombe.

Le métrage est à cette image, malin, rapide et impitoyable.
Sa dernière séquence menace de tomber dans le tous pourris. Carpenter assume avec lucidité: en vérité ce sera seul contre tous!

Escape from LA affiche

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~ par 50 ans de cinéma sur 26 mai 2015.

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