Somewhere, 2011

Sofia Coppola

Somewhere aqua

Somewhere, cela veut dire quelque part, et c’est peut-être le moment de se demander justement où est arrivée Sofia Coppola. D’autant que, pour une fois, nous nous trouvons au même endroit.

Lorsqu’est sorti «Virgin suicide» en 2000, nous avions oublié l’histoire de «Life without Zoe» et le rôle injustement moqué dans «Le parrain 3». Francis Ford Coppola ne ralliait plus que ses fans les plus fidèles, aussi étions nous prêts à accueillir la jeune femme comme une cinéaste à part entière. La photo référencée Playboy 70’s, la musique merveilleuse de Air, les moues de Kirsten Dunst en faisaient même un potentiel film culte, presque sans combattre.

Hélas, cela ne fonctionne pas à mon sens. L’histoire des 5 soeur Lisbon ne m’a jamais touché, regardée qu’elle était, timidement par une caméra qui semblait se cantonner au regard ahuri des garçons du voisinage.

Par la suite, Sofia Coppola s’est toujours tenu au même parti pris : caméra languide, histoires minimalistes, musique over the top et invention de comédiennes gracieuses.

Ce fut «Lost in translation» avec Bill Murray transfiguré, Tokyo la nuit et l’imago de Scarlett Johansson. Cela fonctionnait mieux.

Puis, la réalisatrice a investi Versailles afin de révéler que la reine de France était une adolescente mal aimée, cachant des converses dans sa penderie et écoutant New Order en secret. Cela aurait pu fonctionner.

Quoi que l’on pense des films, subsistait une impression d’inachevé, de pose branchée et la petite fille de «Life without Zoe» commença à nous revenir en mémoire.

Dans ce court, réalisé par son père, Sofia avait écrit l’itinéraire d’une pré adolescente improvisant des jeux dans un palace afin de tromper son ennui de gamine riche.

somewhere guitar hero

La réalisatrice a-t-elle songé à ce fantôme de son passé?

Je l’ignore mais l’impression qui subsiste ici, est qu’elle a choisi de se confronter à son image personnelle comme à ses images de cinéaste.

Le pitch de «Somewhere» se résume ainsi : un acteur à la dérive reçoit la visite inattendue de sa fille de 11 ans dans sa villa hollywoodienne. Stephen Dorff réinventé, découverte lumineuse d’Elle Fanning, super score de Phoenix, spleen et Los Angeles… A priori, rien n’a changé.

Pourtant, merci pour le cinéma, Sofia Coppola a décidé de ne plus rien raconter.

Jouant la carte du clip comme du documentaire, elle observe la déchéance cool de sa vedette de série B, laisse sa jeune actrice s’amuser et utilise musique et photo comme elle les aime (sensuelles et vintages).

Ne tentant plus de saisir des destins tragiques (un groupe d’adolescentes suicidaires, une reine décapitée), elle construit un film sur des non dits et des horizons infinis (parfaitement soulignés par les morceaux de Phoenix et la lumière de Harris Savides) et parvient à capter une sorte de mélancolie joyeuse qui lui sera désormais propre.

Par la suite, Sofia Coppola confirmera cette acuité douce avec le délicieux «The bling ring».

Les histoires d’adolescence s’épanouissent mieux sans murs et sans fins.

Somewhere

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~ par 50 ans de cinéma sur 24 février 2015.

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