Jusqu’au bout du monde, 1991

Until the end of the world

Wim Wenders

Jusqu'au bout du monde désert

A l’époque, «Jusqu’au bout du monde» avait des allures de crash.

Wenders, cinéaste adulé, se lançait dans un projet surexcitant : une fable de science-fiction autour des nouvelles images dont la dramaturgie se déploierait en road movie mondial avec un casting 4 étoiles et les amis rockstars du cinéaste (Lou Reed, Peter Gabriel, U2…) pour la bande son.

Or, le cinéaste a tenu parole, mais personne ne l’a suivi. Aux grandes ambitions, les grandes déceptions. Personnellement, j’avais adoré l’errance new-age de personnages collectant des images pour les rendre visibles aux aveugles puis se perdant dans la captation de leurs propres rêves.

Toutefois, reconnaissons que les 3 heures de récit dans lequel se mêlent ménage à 3 et guerre nucléaire se révèlent parfois ingrates. Les visions successives du film accusent cette condescendance dans le rythme comme son indigence technologique, du moins dans sa première moitié.

Revu aujourd’hui, «Jusqu’au bout du monde» ne fait pas le poids par rapport aux visions cybernétiques de «Ghost in the shell» ou «Akira».

Tout cela explique son échec commercial comme le relatif oubli dans lequel le métrage est tombé.

Par contre, le temps joue pour Wenders dans la seconde partie du film.

Jusqu'au bout du monde

De nombreux critiques lui avaient reproché son puritanisme vis à vis des images. En effet, le cinéaste et Solveig Dommartin (actrice principale et co-scénariste) imaginent un monde où les hommes détournent une merveille technologique pour la transformer en drogue digitale, source de toutes les incommunicabilités.

L’aveugle (hiératique Jeanne Moreau) est rapidement confrontée à la déception que lui procure les images récoltées par son fils de part le monde. Ces images ne font qu’accuser la distance qui la sépare des autres et n’empêcheront en rien son décès.

Une fois disparu le destinataire des images, ses proches transforment leur prototype de caméra en encéphalogramme numérique permettant de visualiser les rêves. Cette contemplation les absorbe entièrement, prostrés devant leurs écrans, opiomanes désormais indifférents au monde.

Le film est très clairement cassé en 2. La très belle séquence où les protagonistes apprennent le début d’une guerre nucléaire à bord d’un petit avion dont les commandes ne répondent plus, annonce la fin du marivaudage world pour dévoiler une phase contemplative au milieu du désert australien.

Enfin, le cinéaste semble approcher son sujet, et même sa matière. Au delà du message quasi phobique à l’encontre des écrans de toute sorte, Wenders malaxe les pixels pour se livrer à des touches d’expressionnisme numérique d’une grande beauté (et durant lesquelles les amis rockstars donnent leur meilleur).

Pour le reste, 20 ans plus tard, les images de synthèses et les smartphones font revoir à la hausse les prédictions mélancoliques de l’oncle Wim Wenders.

Jusqu'au bout du monde William Hurt

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~ par 50 ans de cinéma sur 18 février 2015.

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