Radiostars, 2012

Romain Levy

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Depuis longtemps, je suis fan d’un film des années 80 : «Les rois du gag» de Claude Zidi. Jugnot y joue les beaufs, Lhermitte les bellâtres, Coluche fait de la pub pour canal +, Serrault imite Orson Welles… Cela raconte l’itinéraire de 2 comiques qui galèrent jusqu’à leur rencontre avec une star de l’humour télévisuel, mais le film se structure surtout autour des sketchs imaginés par les 2 héros. Je ne suis pas sûr que beaucoup de monde y voit un film culte mais rien que d’y penser, je me marre.

Un tel destin attend-t-il le film de Romain Levy?
Lors de la dernière cérémonie des Césars, aigre comme jamais, Antoine De Caune accueillait Manu Payet sur scène en lui précisant qu’il avait adoré «Radiostars». Ce dernier lui avait répondu avec une agressivité feinte (?) tout le monde a adoré «Radiostars», c’est pas ça qu’a fait marcher le truc!
On se sent alors aussi bête que le présentateur, car il est vrai que je n’étais pas allé voir au cinéma une comédie sur une bande d’animateurs radio ringards lâchés sur les routes de France, avec Manu Payet donc… et Clovis Cornillac. Et pourtant!

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Qui nous avait autant fait rire en nous tendant un miroir, depuis «Les beaux gosses» de Riad Sattouf?
La comédie est brillante, mais en creux, se joue autre chose.
Il est rapidement évident que nous regardons un film de garçons, pratiquement jusqu’à la gène tant les filles y sont soit pétasses, soit madones et surtout hors champs (à l’exception d’Alice Belaïdi qui transfigure son apparition en surréalisme tordant). Mais le sujet est bien là. Tous ces garçons ont un problème à surmonter.

Arnold, irascible présentateur vedette (Cornillac) avouera que sa seule maîtresse est l’antenne, Ben (Douglas Attal) débute dans la profession suite à une déception amoureuse, Cyril (Pascal Demolon, génial) joue les vieux beaux mais n’assume pas de devenir grand-père, Jérémie (Côme Levin) ne fonctionne qu’aux boissons énergisantes et Smithers (Benjamin Lavernhe) dispose d’un surnom qui se passe d’explications… Seul Alex (Manu Payet) semble vivre une idylle, mais le films le fait abandonner sa belle puis, révéler ses propres fêlures.
D’autres personnages nous mettent sur la piste : Daniel(e), pilote de car androgyne, ou le rappeur Léonard de Vitry qui abandonnera la frime gangsta pour jouer à la guitare sèche.
Les reproches de misogynie s’évaporent dans les hontes et mesquineries de (presque) vieux garçons.
Les mecs vont mal, ils ont du chemin à parcourir. Et le film se propose de les accompagner.

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Dès lors, ma référence aux «Rois du gags» prend du plomb dans l’aile, car s’il s’agit de l’éternelle histoires d’adolescents attardés atteignant l’âge adulte, «Radiostars» touche dans le mille ma génération, celle qui a grandi devant les rediffusions des films de Zidi mais a aussi entretenu une fascination pour l’humour anglo saxon, des ZAZ à Judd Appatow, en passant par les Monty Pythons et les Simpsons.
Tout cela fait partie de l’oeuvre et joue beaucoup dans l’effet de reconnaissance. Nous aussi on a refait des sketchs des nuls et baptisé des potes aux noms des personnages de Matt Groenig. Mais Romain Levy joue l’hommage de manière plus subtile et mélancolique. Si on peut construire une amitié en évoquant le 6e opus des aventures du chien Beethoven, l’Amérique n’est plus un horizon à découvrir mais un souvenir fantasmatique, et si l’on ne veut pas subir l’humiliation des amis de papa qui connaissent un type qui connaît Guy Bedos, il faudra se retrousser les manches et faire avec ce que l’on a. C’est à dire une bande de potes et le public de France.

Les garçons partent donc la queue entre les jambes, faire la route des fromages. On sent la tentation de l’amitié masculine comme idéal mais Levy, se fait une fois encore plus retors et injecte une grande dose d’acidité à la rengaine avoir un bon copain, acidité à très haute teneur comique, et parfois à haute valeur lucide quand l’un comprend qu’il n’occupera jamais le devant de la scène et devra revenir au modeste statut d’auteur.

«Radiostars» va vite et se termine avec l’euphorie que nous offre les meilleurs séries. On pourrait d’ailleurs demander à Romain Levy et ses producteurs de nous permettre de retrouver Ben, Arnold, Alex et les autres mais ce serait un mauvais compliment.
La vérité c’est que «Radiostars» n’a pas besoin de déclinaison, tel quel, il me fait toujours marrer, rien que d’y penser.

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~ par 50 ans de cinéma sur 30 août 2014.

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