Bully, 2002

Larry Clark

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Brett Easton Ellis a trouvé son équivalent cinématographique.

Esthète ambiguë, Clark se fait l’ethnologue de la génération X, en empruntant aussi bien à l’iconographie des surfers californiens qu’à la cruauté de « South park ».

Les photos de Clark sont toujours perturbantes. Représentant le plus souvent des adolescents pleins de désir, elles se doublent d’un désir tiers, celui de ceux qui les regardent. Pas du photographe, mais bien le nôtre, comme s’il fallait contempler notre propre ambivalence face à ces corps palpitants.

«Bully» suit un groupe de surfeurs désœuvrés qui assassinent leur meneur, comme une meute de loups égorgerait le mâle dominant parce que les cycles de la vie l’auraient imposé.

Le cinéaste apparaît brièvement dans le métrage. La première fois, sa dégaine de Méphisto white trash amuse. Mais lors de sa deuxième scène, le personnage de Clark se met à invectiver les criminels juvéniles en leur rappelant l’inanité de leur existence et la vacuité morale qui les anime.

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Cette courte séquence étonne et agace, cassant l’atmosphère d’un film à la fois aérien et poisseux jusque-là.

Le teen movie est un genre fertile du cinéma américain. Il connaît de multiples dérivés, des college comedy jusqu’aux aventures arty de Gus Van Sant.
Larry Clark est un grand cinéaste de teen movie. Entre son premier essai, «Kids» écrit par Harmony Korine (un autre spécialiste du genre) et les arabesques des squatteurs de «Wassup rockers», l’homme a toujours réussi à capter l’opacité fluide de la jeunesse.

Pourquoi donc jouer les vieux cons dans un rôle inutile à l’intrigue ?
Le malaise puissant du film résiste assez bien à ce qui apparaît au premier abord comme une faute de goût. Mais peut-être que Larry Clark a, encore une fois doublé, les regards. Car, lors de nouvelles visions, les gamins de Florides semblent se moquer de leur propre réalisateur comme des spectateurs du film.
Par un accès de moralisme, Larry Clark a finalement libéré ses créatures. Comme les ados des photos semblaient se foutre qu’on les immortalise à poil, ceux de «Bully» nous emmerdent et accélèrent leur chute avec voracité.

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~ par 50 ans de cinéma sur 27 août 2014.

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