Day is done, 2011

Thomas Imbach

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Un homme filme la ville depuis sa fenêtre en écoutant les messages laissés sur son répondeur.

La fenêtre, c’est le cinéma, ce qui permet à la vue de devenir l’univers. Thomas Imbach (dont on ignore le degré d’intimité qu’il livre ici) habite Zurich et fait du morne paysage industriel de sa ville un tableau mouvant d’une beauté souvent saisissante.

Parallèlement, les messages s’égrainent, tantôt cocasses, parfois tragiques, les naissances, les maladies comme les absurdités administratives s’y déversent en musique continue.

En filmant Zurich, le cinéaste se soumet à sa lumière comme à ses intempéries . Le temps devient la grande affaire de ce film vigie. Imbach a un fils et perd son père, il contemple la neige et la pluie. En face de son phare numérique, une usine surmontée d’une gigantesque cheminée déverse un nuage de vapeur interminable qui semble progressivement façonner le monde et dicter les évènements.

Ce minaret industriel devient un emblème qui ouvre aussi bien aux origines du cinéma (lorsqu’un hélicoptère le contourne, on imagine King Kong sortir de la fumée blanche) qu’aux mythes anciens (Babylone serait-elle en Suisse?).

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Esthétiquement, «Day is done» enchante lorsqu’il dépasse la tentation de la belle image pour atteindre une musique photographique unique. Le filmeur ne gomme pas les errements de sa caméra, qu’il tente de suivre un vol d’oiseau ou qu’il zoome brutalement sur un accident de voiture.

Me reviennent en mémoire les propose du monteur Yann Dedet, alors qu’il travaillait avec Maurice Pialat. En visionnant la mort de Van Gogh, il proposa au cinéaste d’effacer un bruissement émanant du micro cravate de Jacques Dutronc. Pialat refusa catégoriquement, arguant que la séquence sonnerait d’autant plus vrai avec cet incongru larsen. Un micro dans le champ n’a jamais défiguré un film, lui apportant la vie de son tournage comme une énergie nouvelle.

Ici, lorsqu’un jeu de lumière fait apparaître le reflet de la chambre de vue, la pièce éclairée est trouée par la masse noire de la caméra, seule tâche du monde extérieur, comme un miroir inconscient.

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~ par 50 ans de cinéma sur 9 août 2014.

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