Carlos, 2010

Olivier Assayas

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Nous devons à Olivier Assayas la réplique la plus drôle de l’année.

Non que son portrait d’un terroriste et du Terrorisme puisse être considéré comme une comédie (même si le grandiloquent Carlos tend parfois le fer de la parodie), il s’agit d’un film fleuve passionnant et pulsionnel.

Toutefois, dans cette réussite, il m’est difficile de ne pas lire une nouvelle page du combat d’un cinéma français donné toujours perdant lorsqu’il aborde un genre américain (ici la fresque d’espionnage). Assayas lui-même a incarné ce combat durant sa carrière : défenseur de Carpenter lorsqu’il écrivait dans les « cahiers du cinéma », son passage à la mise en scène ressembla à une déflation en s’emparant de sujets et de représentations très françaises.

Il nous fut facile (et injuste) de lui reprocher une filiation finalement plus Rohmer que Romero. Le cinéaste avait probablement besoin de prendre son temps. Une touche rock innerva ses longs métrages à partir de « L’eau froide » et il serait malhonnête de minimiser l’impact érotico graphique de Maggie Cheung dans « Irma Vep ». L’homme qui avait imaginé ce jeu d’icônes ne pouvait être qu’un ami de la famille. En 2002, « Demonlover » fut mal-aimé mais posa un nouveau jalon, suivi du malencontreusement ignoré « Boarding gate ».

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Maggie Cheung en musidora moderne, Connie Nielsen en détective de manga, Asia Argento en aventurière du village global… ce garçon alliait bon goût et préoccupation contemporaine.

Toutefois, si les oeuvres ne manquaient pas de style, elle ressemblaient parfois encore à des exercices.

Retour en France en 2010, pour parler de ce pays à travers son passé proche, celui qui nous a vu grandir, entre une interview de Charles Pasqua et un morceau de New Order. Le film est produit par canal +, manière de marquer le retour au pays comme aux année 80.

Assayas tire une légèreté et une énergie nouvelle du fait même de la gravité de son sujet. Bien servi par Edgar Ramirez (énorme dans tous les sens du terme), le réalisateur de « Paris s’éveille » réussit le grand feuilleton populaire et la leçon d’histoire, le projet politique comme la série B efficace… et au passage, un grand film français pour lequel la comparaison avec l’Amérique perd toute pertinence.

D’où cette hilarante séquence finale, durant laquelle Carlos, attaché dans l’avion qui l’emporte vers la prison, demande – is it the C.I.A ?- et le patron de la DST de lui répondre – Non, services secrets français !

CQFD.

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~ par 50 ans de cinéma sur 22 juillet 2014.

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