Nouvelle vague, 1990

Jean-Luc Godard

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Gérard Depardieu raconte que Jean-Luc Godard avait eu le projet de mettre en scène un film avec Marlon Brando et lui-même, un film qui n’aurait jamais été projeté mais vendu photogramme par photogramme sur le marché de l’art.

L’union de l’avant-garde et du star système fut une grande préoccupation godardienne des années 80. Cela avait plutôt bien commencé avec Dutronc, Baye et Huppert se déclamant des obscénités dans «Sauve sui peut la vie» en 79, puis la même Huppert se perdant avec Piccoli dans les toiles de maîtres de «Passion». Il s’agissait, toutefois de stars intellos, de vedettes pour films d’auteur. Le sorcier helvète voulait plus. Plus glamours? Plus célèbres? Plus stars, quoi! Faut-il y voir un lien, c’est en suivant cette direction que son public s’est progressivement désagrégé.

Et, en effet, les rencontres se révélèrent froides, autistes même, pas de communication entre Godard et les étoiles, celles-ci ne parvenant jamais vraiment à masquer le fait que la star d’un film de Godard… c’est Jean-Luc.

Cela commença par le lapin posé par Isabelle Adjani pour «Prénom Carmen». Puis, Johnny devint un stéréotype désincarné de «Détective». Enfin, Depardieu ferma le bal avec le bien nommé «Hélas pour moi», demi film selon le cinéaste lui-même, cruellement raillé par l’acteur principal qui l’avait ramené au niveau des publicités qu’il avait tourné la même année. Tout juste, il reconnaîtra que parfois les intuitions du réalisateur peuvent aboutir à quelque chose de très beau.

Impossible, de nier que cette beauté se fait très volatile dans «Détective» et «Hélas pour moi».

Pourtant, quelqu’un fut à la fois plus modeste et plus puissant : Alain Delon.

«Nouvelle vague» ressemble beaucoup à «Hélas pour moi» avec son lac Léman et ses voitures de luxe, mais cela n’a rien à voir.

Le film est scindé en 2 parties : Alain pleure, Delon rit.

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Au début, la star joue profile bas, sadisée par la caméra godardienne qui s’ingénie à le montrer affaissé, pas remis des cuites de «Notre histoire» ou des labyrinthes de «Monsieur Klein», en retraité oisif comme s’il fallait que l’homme de «Parole de flic» se transforme en presque vieillard fragile qui répondra à ceux qui lui demandent ce qu’il fait là : je fais pitié. L’acteur joue la partie avec onctuosité, s’abandonnant au maître. Cependant, ni la majesté du lac ni la beauté de Domiziana Giordano ou le génie du montage à l’oeuvre ne parviennent à effacer un magnétisme que l’animal Delon ne domine pas lui-même.

Le cinéaste en a conscience et trouve ce qu’il cherchait : une star, une vraie, de celles qui modifient la lumière d’un film comme son économie par leur seule présence.

Après l’avoir fait jouer le valet d’une mondaine qui finira noyé lors d’une ballade en barque, Godard ramène Delon au centre du plan en milieu de film. Et son personnage de devenir un requin de la finance, un vampire à costars et jaguars (comme une parodie de sa propre image publique). Le réalisateur qui aime le tennis, laisse son comédien monter au filet après lui avoir imposé une moitié de match en fond de cour.

Et Delon s’empare du film avec sa maîtrise de star, celle du «Samouraï», de «L’éclipse», des «Félins». «Nouvelle vague», qui semblait devoir résumer la carrière d’un ancien critique de cinéma devenu cinéaste icône, «Nouvelle vague» devient un Delon movie.

Comme «Parole de flic»?

Evidemment, tout cela est plus complexe. Le charme trouble de «Alphaville» provenait de son statut indécidable entre authentique aventure de Lemmy Caution et indéniable essai arty. Godard laisse son roi manoeuvrer, mais Delon n’oublie jamais que le cinéaste maîtrise les cases. Se joue alors une série B délirante avec crimes et amours de roman photo, compositions plastiques somptueuses, digressions malicieuses sur le désir et l’argent… une rencontre.

On en vient à oublier les rendez-vous manqués de Jean-Luc et à réviser les navets télévisuels d’Alain, comme si «Fabio Montale» poursuivait sur un mode zen et bis l’essai fascinant de «Nouvelle vague»…

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~ par 50 ans de cinéma sur 16 juillet 2014.

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