La femme objet, 1980

Frédéric Lansac

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Il existe plusieurs raisons d’apprécier un film classé X. Mais reconnaissons qu’un critère l’emporte sur tous les autres : comme la comédie fait rire, le porno fait-il jouir? Pour des raisons à la fois physiologiquement simples et cérébralement complexes, la réponse est oui.

Parlons alors un peu de cinéma. Le cinéma pornographique offre de nombreuses mises en abîmes, souvent balourdes. «La femme objet», au titre faussement direct, en propose au moins 2.

Le film de Lansac nous parle d’un boulimique sensuel (ce qu’on appelait pas encore un sex addict), romancier de science-fiction qui ne trouvera satisfaction qu’en créant une femme artificielle propre à satisfaire tous ses fantasmes.

Les exégètes du genre se penchent rarement sur la cinématographie française. Les chefs d’oeuvres indiscutables (vraiment?) sont américains et l’on parle le plus souvent de leurs réussites économiques («Deep throat» film le plus rentable de tous les temps) tandis que les curiosités se situent au Japon. Je ne suis pas un exégète et reconnais volontiers la nullité de la production franchouillarde qui m’est passée sous les yeux.

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Toutefois, quelque chose opère dans «La femme objet». Le fantastique ascétique à la Jean Rollin épouse ainsi étonnamment bien la comédie (de moeurs évidemment) bien de chez nous. Les physiques populaires et vigoureux de Marilyn Jess, Richard Lemieuvre et Nicole Segaud donnent une assise réaliste au fantastique comme au désir (qui fonctionne également dans une déformation du quotidien).

On peut alors louer l’artisanat de Frédéric Lansac (alias Claude Mulot) qui est parvenu dans un cadre extrêmement restrictif à offrir une série B excitante et subtile.

On a beaucoup parlé du féminisme de cette oeuvre, où un super macho imagine le fantasme phallocrate ultime en créant une femme corps, pour finir lui-même esclave de sa créature (dont la soif de luxure se révèle véritablement infinie).

Lorsque j’évoquais les mises en abîmes, celle-ci, la plus évidente, ne me semble pas la plus forte. Même si les bandes des années 70 étaient plus libertaires et moins normatives sur le plan des corps, glisser un sous texte féministe dans un film porno, ressemble tout de même un peu trop à un alibi (souligné par la dégaine SM de l’actrice).

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Par contre, le portrait d’un obsédé dont l’idéal ne peut être qu’une créature virtuelle malmène subtilement la position du spectateur, de porno (ou pas). Les scènes de sexe débutent de manière égrillarde comme dans tant d’autres films où des patrons lutinent des secrétaires peu farouches, où des bourgeoises découvrent le charme du ménage à 3 ou encore des sportifs se rapprochent sous les douches après match. Ces scènes sont exécutées avec professionnalisme, et l’on en attendait pas moins. A moins que l’on en attendait, en réalité plus, à savoir une petite folie ou un léger dérapage.

«La femme objet» et ses coïts mécanisés commencent comme un film X déceptif. Contrairement à beaucoup d’autres, il faudra le voir en entier. Une étrangeté contamine le métrage lorsque l’insatisfaction du héros devient patente. La mise en scène s’empare de son angoisse et crée une première béance lorsque l’homme frustré, après avoir baisé sa compagne pendant que celle-ci n’abandonne même pas sa vaisselle (soit le genre de plan que l’on peut justement redouter dans un porno français traditionnel) se retrouve à se masturber en l’observant endormie à travers une vitre. La femme inerte ouvre les cuisses mais reste inaccessible et l’on se demande si la présence de la vitre/écran ne décuple pas l’envie de l’homme qui versera sa semence sur la surface transparente.

Plus tard, lorsque Marilyn Jess s’anime, ce ne sont pas les accouplements qui intéressent Lansac, mais le jeu de regards (oui, oui) entre les acteurs dans lesquels se lit l’espoir que quelque chose d’autre se passe. Face à sa création, Lemieuvre se fait adorateur, pas vraiment pressé de passer à l’action, conscient de disposer d’une source de désir inépuisable.

Outre Jean Rollin, on songe alors aussi à Mamoru Oshii, Marco Ferreri et, pourquoi pas, «Vertigo» (sacrilège? c’est la moindre des choses…)

Le personnage réalise son fantasme en se trouvant en position de spectateur. Soit une définition de l’homme moderne et de ses réalités diffractées.

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~ par 50 ans de cinéma sur 13 juillet 2014.

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