Manderlay, 2005

Lars Von Trier

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Lars Von Tier est un salaud! Dites le lui, ça lui fera plaisir. Il poursuit ses portraits de femmes humiliées par les horreurs humaines (et dont la plupart des comédiennes témoignent qu’il s’agit de quasi documentaires sur leurs tournages). Ce n’est pas la partie de sa filmographie que je préfère et pourtant, tout est fait d’exceptions.

A l’invraisemblable mélo de la foi qu’est le ridicule « Breaking the wave » succéda le délicieux « Dancer in the dark ». Entre la lourde machinerie brechtienne de « Dogville » et l’hystero-chiant « AntiChrist », le danois a réalisé « Mandalay ». Un film horrible et génial.

Le danois reprend son dispositif de « Dogville  » (décors limité à des indications au sol, artificialité théâtrale maximum) avec un supplément de légèreté et d’élégance bienvenue (et, soyons honnête, permet de réviser le jugement posé sur ce dernier film). La communauté quelque peu théorique de « Dogville » est adaptée à un contexte plus précis : l’affranchissement des esclaves noirs aux Etats Unis. Bryce Dallas Howard prend la place de Nicole Kidman dans un emploi similaire de sainte laïque qui s’écorchera peau et âme en tentant d’apporter sa bonté à autrui.

A partir de son organisation théorique, Von Trier va explorer de front l’incompréhension des races et les mécaniques du racisme.

On imagine assez bien le pensum démagogique qui en aurait découlé, de la part d’un autre réalisateur.

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Saluons alors le salaud Lars Von Trier d’ouvrir les plaies et mettre à nue la chair et les nerfs. « Manderlay » est un film profondément malséant (et souvent aussi très drôle, le paradoxe n’est qu’apparent). Pas un film à thèse mais clairement à sujet.

Jeune fille éprise de justice, Bryce va entreprendre de rendre la liberté à un groupe d’esclave (où Danny Glover et Isaac de Bankolé paraissent s’amuser follement, ce qui n’est pas pour rien dans notre perplexité). Ces derniers refusant de quitter la ferme de leur défunte maîtresse, la jeune fille va tenter de créer une communauté égalitaire sur le lieu même de l’injustice. Mais le groupe se révélera incohérent et opposant, allant même jusqu’à regretter le temps passé. L’héroïne prendra finalement la tête de la communauté grâce aux secrets consignés par l’ancienne maîtresse dans un étrange manuel de maître.

On comprend la proportion de provocation à l’oeuvre. Mais « Manderlay » est un film plus sadien qu’ironique. Le second degré ne nous sera d’aucun secours et la fin de la projection ne peut que nous abandonner dans une profonde gène.

Il est parfois tentant de réduire le spectacle auquel nous assistons à un bras d’honneur punk et quelque peu puéril. Cependant, combien de films ont ainsi semé le trouble ? Pour ma part, je serai toujours reconnaissant à un cinéaste qui met à mal mes certitudes, à un film qui me permettra de retrouver la vie réelle en étant moins con, fusse au prix de mon inconfort de spectateur.

Je n’ai pas forcément envie de faire plaisir aux salauds, mais je remercie quand même Lars Von Trier !

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~ par 50 ans de cinéma sur 12 mars 2014.

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