Watchmen les gardiens, 2009

Watchmen

Zack Snyder

Minutemen-watchmen-21034428-2000-1339

Avant de voir, nous n’y croyions pas vraiment. Nous y sommes allé presque en hommage, comme pour constater que le matériau d’origine resterait immaculé. Après une médiocre vendetta et des gentlemen bien ordinaires, pourquoi s’obstiner à massacrer les chef d’oeuvres d’Alan Moore par d’indignes adaptations ?

Surtout les Watchmen, surtout par Zack Snyder !

En 1985, Steve Jobbs est viré de chez Apple, Ronald Reagan débute la révolution libérale, William Gibson se plonge dans le « Neuromancien »… et un type étrange, pas encore officiellement druide, scénarise des comics comme s’il réécrivait « l’Odyssée ». Avec le dessinateur Dave Gibbons, Alan Moore crée, cette année là, un album d’une ampleur jamais vue, une méta BD qui fera passer la pop culture dans l’âge du doute.

L’autorité croissante de l’auteur attire l’attention de Hollywood et les projets d’adaptation se succèdent. De grands noms furent évoqués, d’autres moins grands. Terry Gilliam proposa le projet le plus fou et le plus raisonnable : conserver les 12 chapitres du livre pour un film de 12 heures…

Les mauvaises adaptations de comics se sont enchaînées. 15 ans après, il ne semblait plus très urgent d’adapter les « Watchmen » pour le grand écran. Nous avons soufflé, avant d’apprendre qu’un film, mis en scène par Zack Snyder, était en préparation.

watchmen-les-gardiens-watchmen-04-03-2009-06-03-2009-17-g

Nous avions toutes les raisons pour refuser à ce jeune homme ambitieux de s’attaquer au manuscrit de Moore et Gibbons. Pour le coup, nous étions les gardiens.

Snyder s’était rendu coupable d’un premier sacrilège vis à vis d’une oeuvre culte puis de la réalisation des plus sinistres comic book movie depuis 10 ans.

Petit héros de la pub, son premier long métrage fut le remake de « Dawn of the dead » de Romero. Passée l’appréhension de voir l’un de mes films préféré passer à la moulinette du grand spectacle pour multiplexes, je fus agréablement surpris par une introduction qui recyclait habilement l’univers du jeu vidéo et un générique au son de « The man comes around » de Johnny Cash. Las, la conclusion, sympathique clin d’oeil aux cinéphiles qui reliait le film de Romero à sa suite putative « Zombi 2 » de Lucio Fulci, ne parvenait pas à faire oublier un ventre mou durant lequel, le cinéaste semble se désintéresser de son film en cours de route.

Le succès de « L’armée des morts » permit ensuite à Snyder de s’octroyer toutes les libertés pour adapter le comic « 300 » de Frank Miller. Le spectacle est affreux (premier degré patriotique et kitsch pas vraiment assumé) mais jamais ne plane dessus l’ombre d’un producteur inflexible. « 300 » est vraiment un film d’auteur. Un auteur pachyderme qui s’attaque donc au cristallin « Watchmen » !!!

watchmen-dr.-manhattan-HD-Wallpapers

Un ami me disait en sortant de la salle que nous avions vu le « Blade runner » des années 2000. Pas faux. Notamment parce que l’adaptation magnifiée de Philipp K Dick fait office de miracle dans la filmographie pour le moins inégale de Ridley Scott.

Le générique de « Watchmen » est extraordinaire. D’une beauté prodigieuse, il parvient à faire passerelle avec 1985, à nous plonger dans l’espace temps fictif de l’album, à nous faire oublier « l’armée des morts » et « 300 », à nous faire oublier Alan Moore même. Ces quelques minutes font exister les super héros mélancoliques pour eux-même et ouvrent le champ pour une dissection du coeur noir de l’Amérique.

J’ai souvent raillé les fans du « Seigneur des anneaux » et leur dévotion face à la représentation de l’objet de leur passion. Je confesse qu’une grande part du plaisir ressenti devant le film de Snyder provient du mimétisme avec les dessins de Gibbons. Ils sont tous là: le hibou, le comédien, le spectre soyeux… tel qu’on les imaginait, mais en mouvement. Voilà qui ne suffit pas à faire un film mais pendant les premières minutes, éblouit la refonte des personnages dans le médium cinéma. Les tâches du masque de Rorschach ont leur vie propre et Dr Manhattan irise l’écran de sa phosphorescence  bleutée.

Watchman-1820

Après 2h30 d’aventure rêveuse, nous n’avons pas d’autre choix que de louer le talent de Zack Snyder, dont le culot s’est avéré payant. Le réalisateur voue manifestement une dévotion aussi grande que la notre à la BD de Moore et a mis son talent de publicitaire au service d’une oeuvre qu’il sait plus grande que lui.

Je n’y croyais pas et ne lui laissais pratiquement pas le droit de réussir. Au final, je dois le remercier pour cette grande bulle de mélancolie, en dehors du temps.

 

Publicités

~ par 50 ans de cinéma sur 13 novembre 2013.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s