Un conte de Noël, 2008

Arnaud Desplechin

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En 96, Desplechin se lançait le défi idiot de réaliser un film contenant tous les clichés du cinéma d’auteur français. Cela donnera l’ample « Comment je me suis disputé (ma vie sexuelle) ».

Par la suite, celui qui était justement devenu l’auteur français par excellence, a semblé explorer d’autres horizons : l’Angleterre victorienne (« Esther Kahn ») ou les frontières du genre et du théâtre (« Léo, en jouant dans la compagnie des hommes »).

Dans « Roi et reine », il retrouvait ses bases (une histoire de famille pathologique, le duo Amalric/Devos, des badinages cruels) pour mieux les faire exploser. De nouveaux comédiens se greffaient à la famille : Catherine Deneuve portait un regard ironique et bienveillant tandis que Hyppolite   Girardot électrisait l’équipe de son hystérie sédatée. Le hip hop apparaissait dans la bande son. Surtout, Desplechin parlait de famille reconstruite, d’enfants adoptés et laissait à son héros le choix de ne pas prendre sa place de père. La grand-mère concluait pour chaque enfant, biologique ou non, c’est bien.

Avec « Un conte de Noël », le cinéaste se lancerait-il un nouveau pari potache? Par cette histoire de famille tordue où la mère ne pourra bénéficier d’une greffe que par le fils qu’elle hait, Desplechin pétrit à nouveau la pâte originelle de son cinéma. Sont conviés les fidèles (Mathieu Amalric en alter ego, Emmanuelle Devos), les nouveaux conquis (Deneuve beaucoup moins bienveillante, Jean-Paul Roussillon, Hyppolite Girardot), les anciens amis (Chiara Mastroianni et Melvil Poupaud).

Retour à la matrice, ici aussi : reloaded.

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A priori, difficile d’imaginer la consanguinité comme un concept artistique fécond.

Le film commence par un monologue du pétillant et vénérable Roussillon dédié à son fils, mort dans l’enfance. Le texte est fort, l’acteur brillant. La scène, douce, paraît se fondre dans la fureur qui suivra. Pourtant, le récit, à travers un autre enfant, nous ramènera sans cesse au regard primale de celui qui n’a pas vécu. Comme si un foetus mal formé hantait le métrage de son regard ironique, depuis le cabinet des curiosités.

« Un conte de Noël » fonce vers l’ennui et le solennel, dérape vers le ridicule et le cynisme, attaque le romantisme, la littérature et la psychanalyse. Et ne cesse de se déployer comme un cauchemar innéluctable.

Arnaud Desplechin est un homme d’une arrogance inouïe. Le moins que l’on puisse dire, c’est que son talent est à la mesure de sa prétention.

Le dernier plan est accordé à la nouvelle venue Anne Consigny. En quelques mots chuchotés depuis son balcon, princesse d’un conte violent, elle semble nous ouvrir à l’infini de ce film monstre.

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~ par 50 ans de cinéma sur 25 octobre 2013.

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