Sueurs froides, 1958

Vertigo

Alfred Hitchcock

Judy-Madeleine

L’évidence m’a frappé lors d’une rétrospective Raoul Walsh : au-delà des qualités de chaque film (certains sont formidables), aucun ne me communiquait la fureur cinétique ou la douleur virile comme le fait « Die Hard ».

Le cinéma hollywoodien nous aura appris à devenir de bons fils.

Honorer les grands anciens fait partie du jeu, dans une passion faite de temps et de mémoire. Toutefois, les années passant, nous nous retrouvons de plus en plus dans la position de bons petits fils.

La fonction d’un père est de nous accompagner vers l’état adulte. Les grand-pères intimidants peuvent-ils  mener à bien cette mission quand les époques nous séparent ?

Sans vouloir manquer de respect à John Ford, Howard Hawks ou Raoul Walsh, je dois confesser que ce ne sont pas des cinéastes intimes et ce sont leurs fils qui m’ont accompagné vers l’état de cinéphile.

Pour ma génération, la réorganisation mentale du temps et de l’espace s’est effectuée grâce au découpage complexe de « Die Hard », au chaos maîtrisé de « Terminator » ou aux suspensions temporelles de « Escape from New-York ». Les plans granuleux des années 70 et ceux bleutés des années 80 me parlent de manière plus immédiate et physique que les resplendissants technicolors qui les ont précédés. Même si je n’oublie jamais que John McTiernan et James Cameron n’auraient jamais accédé à mon panthéon personnel s’ils n’avaient été nourris des œuvres de Robert Aldrich ou Nicholas Ray.

John Carpenter répète qu’il doit tout à « Only angels have wings », il n’empêche que c’est bien lui qui est devenu notre Howard Hawks.

Dans le domaine de la terreur, les choses se compliquent d’autant plus qu’il s’agit de visiter le territoire des morts et des fantômes.

Avant, j’aimais bien Hitchcock. Pas plus ?

D’innombrables admirateurs, critiques, historiens ou philosophes s’étaient chargés d’établir l’importance de Sir Alfred dans l’histoire du cinéma et de la culture populaire, avant même que je ne vois l’un de ses films.

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J’aimais bien Hitchcock mais jamais je n’ai ressenti le besoin de voir tous ses films, de courir revoir ses classiques lors de rétrospectives, de posséder son intégrale en vidéo… alors que j’ai payé un an d’abonnement dans un vidéoclub pour l’unique vision de « Suspiria » de Dario Argento et que je ne rate aucune programmation des thrillers de Brian De Palma.

J’aime toujours bien Hitchcock mais je suis fan de De Palma et Argento, jusqu’à traquer leurs téléfilms, jusqu’à collectionner les scores de leurs métrages, jusqu’à réhabiliter leurs nanars actuels.

Je sais pourtant que ces 2 artistes ne se seraient peut-être même pas posé la question de manipuler une caméra s’ils n’avaient vu « L’homme qui en savait trop », « Fenêtre sur cour » ou « Psychose ».

Cinéastes cinéphiles, cinéphiles fétichistes, fétichistes obsessionnels, leurs bandes contiennent plus de références au maître du suspens que lui-même ne fit d’apparition dans  ses propres films.

L’effet de miroir se déploie à travers la passerelle surréaliste d’un seul film : « Vertigo ». Cette suite de tableaux consiste à convoquer le fantôme d’une défunte à travers le visage d’une prostituée fardée. Les 2 sont incarnées par la même actrice et la fin nous apprendra qu’il ne s’agissait que de la même femme à chaque phase. Avec ses savantes surimpressions, le jeu atone de James Stewart et la musique hypnotique de Bernard Herrmann, Hitchcock théorise l’idée que le passé est conditionné par le présent.

Evidemment, cette hypothèse séduira les cinéastes du futur.

Argento et De Palma seront loin d’être les seuls, mais ce sont eux qui ont le plus compulsivement pétri cette matière morbide.

Les titres chez De Palma pourraient chapitrer « Vertigo » : « Obsession », « Sœurs de sang », « Body Double », « Femme fatale »…

Argento a développé un film à partir de la possession de la peinture sur l’esprit (« le syndrome de Stendhal »). Cette obsession pour une histoire d’obsédé, aura pour effet de recréer l’œuvre séminale et pas uniquement la perception que l’on pouvait en avoir.

Voir « Vertigo » après « Profondo Rosso » ou « Dressed to kill » nous amène à découvrir un nouveau film : un film fondateur, inventé à rebours par ses héritiers.

C’est ainsi qu’en réorganisant les temps et les espaces cinéphiles que je me suis mis à aimer vraiment Alfred Hitchcock.

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~ par 50 ans de cinéma sur 10 octobre 2013.

Une Réponse to “Sueurs froides, 1958”

  1. Très bel article. dédié aux personnes nées dans les environs de l’année 1976…
    Géry

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