L’aventure intérieure, 1987

Innerspace

Joe Dante

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Aimer un film de Joe Dante c’est un bonheur d’autant plus précieux que l’on se trouve souvent dans la seule position d’avoir envie d’aimer.

Les métamorphoses bulbeuses de «Hurlement», l’esprit Roger Corman de «Piranhas», le charme désuet de «Panic sur Florida Beach»… on les aime bien, mais on aimerait les adorer.

Par contre, on aime fort «L’aventure intérieure» dont les visions et revisions ne font qu’enrichir la texture et multiplier les pistes de lecture.

Au départ, le projet ne s’éloigne pas de la sympathique modestie geek habituelle du cinéaste. Après des hommages aux films de loups garous, aux cartoons de Tex Avery, au séries télé, à la série Z… Dante remake un classique du fantastique, «Le voyage fantastique» de Richard Fleischer. Dick Miller et Kevin McCarthy pointent en caméo et le cinéaste dépasse rapidement son concept pour rendre hommage aux cartoons, séries télé, série Z…

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Du côté de la production, il s’agissait de dépoussiérer une antiquité à l’aide du réalisateur de «Gremlins» et d’effets spéciaux  dernier cri.

Eh bien tous ces gens ont eu raison. Les producteurs d’être sans complexe, Dante d’être à la cool.

En fait, ils n’ont eu raison que si l’on oublie le box office, car aussi surprenant que cela paraisse, cette comédie électrique (ou ride de science fiction brillant) a échoué dans sa mission de rassembler les adolescents dans les multiplexes.

Ce seront donc les cinéphiles exigeants qui se gausseront aux blagues scatologiques, s’extasieront devant des SFX révolutionnaires et fantasmeront de la vision close-up du corps de Meg Ryan.

De fait, le film de Fleischer a beaucoup vieilli. Il s’agit d’un métrage bavard et de facture télévisuelle, entrecoupé de séquences à teneur psychédéliques. En outre, «Le voyage fantastique» se privait d’une idée simple mais puissante : la communication entre l’explorateur miniaturisé et le corps qu’il explore. Dans le film de 1966, les nano cosmonautes pénétraient dans le corps d’un comateux. Dans la version 1987, Dennis Quaid rentre dans Martin Short.

Le cinéaste joue très vite sur le potentiel burlesque de cette rencontre. Un héros viril vampirise un hypocondriaque malingre, et ce de la manière la plus triviale : en nageant dans sa morve et sa salive.

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L’aventure n’est donc plus seulement intérieure mais lancée sur plusieurs fronts à la fois, comme le cinéaste jouant la romance, la comédie et le fantastique dans le même film et souvent dans la même séquence.

L’air de rien, Joe Dante gagne un pari impossible et se dévoile dans la polyphonie d’une oeuvre à la fois commerciale, personnelle et provocatrice.

Sa maîtrise (et son amour) des trucages l’amène jusqu’à une séquence folle et magnifique durant laquelle le petit vaisseau passe de corps en corps à travers un baiser entre Short et Ryan. L’explorateur découvre alors les contrées rêvées par l’homme mais qui lui sont à jamais interdites : le corps d’une femme.

Dante aime qu’on lui rappelle qu’il a réalisé une séquence pornographique à plusieurs centaines de milliers de dollars. C’est vrai, mais le voyage révèle ensuite un foetus et on a le droit de penser alors à Stanley Kubrick. Nous comprenons  que les SFX de l’équipe de Dennis Muren nous offrent  une «origine du monde» inversée.

Dommage que si peu de spectateurs aient partagé ça…

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~ par 50 ans de cinéma sur 21 septembre 2013.

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