L’acrobate, 1976

Jean-Daniel Pollet

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La rencontre du cinéaste avec le génial comédien Claude Melki, fut à l’origine d’une série de films hilarants et délicieusement acidulés. Plusieurs court-métrages (« Pourvu qu’on ai l’ivresse », « Gala« …) et la pièce maîtresse de la filmo de Pollet : « L’acrobate ». Un objet rare, intelligemment drôle et drôlement intelligent dont les équivalents pourraient être les films de Jacques Rozier, et les héritiers ceux de Hervé Leroux et des frères Podalydes.

Melki chez Pollet, c’est « l’homme qui aimait les femmes«  en burlesque, une sorte de Buster Keaton sexué. L’acteur incarne Léon, un garçon de bains à la recherche de l’âme sœur. Cette quête est semée d’embûches car Léon ne s’intéresse pas à celles qui s’offrent à lui et n’intéresse pas celles qui l’attirent. Il va finir par se fixer sur une prostituée qui recherche chez un homme « quelque chose de spécial « .

Une grande partie du charme de « L’acrobate » provient de la complicité du réalisateur avec son acteur principal. Capable de répliques grandioses comme : et fille de joie, c’est gai comme métier ?, ce Droopy élégant est entouré de seconds rôles étonnants : Micheline Dax (proche de la Cléopâtre qu’elle doublait pour Goscinny), Edith Scob et surtout le grandiose Guy Marchand également bien servi par les dialogues (tu vois, lui c’est mon pote Léon. Et des pouffiasses comme toi, j’en larguerais 10 pour un Léon).

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Les aventures de Léon vont prendre une dimension supplémentaire lorsque celui-ci va s’initier au tango afin de conquérir la femme qu’il désire.

Jusqu’ici, « L’acrobate » subissait le déséquilibre et les chutes, désormais c’est lui qui maîtrise le mouvement. Le film ne parle que de cela, de la place du corps dans le cadre. Le film rejoint ainsi, avec brio, une grande tradition burlesque. C’est également une métaphore de l’accord entre l’acteur et le metteur en scène. Accord artistique, comme celui qui unit le danseur au musicien. En définitive, qui suit les pas de l’autre?

Pollet nous montre qu’il s’agit, avant tout, d’une histoire de séduction.

Il est infiniment plaisant de suivre la rivalité ludique à laquelle se livrent les 2 artistes pour diriger cet orchestre délirant. Jeu de cache-cache et jeu de rôles puisque la victoire de Léon passera par la mise en scène de sa propre vie. Cette évolution ne s’effectue d’ailleurs pas uniquement au niveau amoureux mais également professionnel. Au départ souffre-douleur de ses collègues et de sa patronne, Léon domine progressivement les lieux, les clients et ceux qui y travaillent, finissant par chorégraphier ses allers et venues et les gestes les plus quotidiens.

Pourtant, « L’acrobate » n’est pas exempt de mélancolie. Car, comme dans toute grande aventure qui se respecte, rien n’est jamais acquis pour le héros à qui il arrivera plusieurs revers de fortune. Pollet parvient à créer une ambiguïté chez ses personnages, sans pour autant dissiper le légèreté de l’ensemble. Le meilleurs ami peut se révéler être un rival le temps d’une danse et la bien-aimée une maîtresse à l’exigence parfois sadienne.

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Mais Léon n’est pas seul à avancer en équilibriste sur le fil de ce récit délicatement bouffon.

Derrière la liberté souveraine de la narration où tout peut arriver (voir l’épisode éminemment freudien de la boule de bowling qui reste collée aux doigts de Melki), Pollet s’est lui aussi mis en danger. Comme son personnage, il doit réussir les séquences de tango à la chorégraphie rigoureuse et garder un rythme trépidant de comédie. L’un comme l’autre prennent sans cesse des risques (toujours l’épisode de la boule, symbole d’un désir décidément encombrant). Outre son formidable casting, il y est aidé par la musique d’Antoine Duhamel qui se prend au jeu et offre une partition superbe où les tangos millimétrés sont entrecoupés de mood jazzy.

Tous s’en sortiront avec les honneurs. Léon remporte le concours de tango et a réussi à intéresser la belle prostituée (quoique rien ne semble définitif dans cet univers). Pollet, lui a réalisé un film à la virtuosité discrète, traversé par une profonde tendresse envers ses comédiens.

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~ par 50 ans de cinéma sur 20 août 2013.

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