Police, 1985

Maurice Pialat

@mx_600

Au milieu du top ten des succès 1985, un étrange trio se tenait au coude à coude : «Parole de flic» de José Pinheiro, «Hold-up» d’Alexandre Arcady et «Police» de Maurice Pialat. Soit 500 000 entrées Paris chacun pour Delon , Belmondo et Depardieu.

Ciné chiffre recouvre des réalités différentes, que ce soit sur le plan économique : petit retour en grâce pour Alain Delon alors en pleine traversée du désert; amorce de déclin pour un Bébel dont les précédents films avaient rassemblés 4 fois plus de spectateurs; et puis le cas «Police», grosse production mais film d’art et essai finalement miraculé du box office.

Parallèlement, cinéchiffre ne rend pas compte de réalités cinéphiliques tout aussi dissemblables : Dans «Parole de Flic», la star déchue Delon s’offre une série Z à son unique gloire; dans «Hold-up» la mégastar Belmondo échoue à rajeunir son cinéma via un cinéaste  prometteur et un coup de coude vers l’Amérique; dans «Police» l’acteur en grâce Depardieu s’offre à l’un des créateurs les plus exigeants de son époque.

Pialat polardeux ? Aujourd’hui, c’est une évidence. Plongeant dans le Paris des putes et des dealers, l’homme filme une fois de plus la France comme nous ne savons même plus la regarder. Et place sa caméra et son regard furieux là où ça fait mal.

On ne parlait pas encore de politiquement correcte à l’époque. Tant mieux, ce n’était pas une expression pour Pialat.

police-1985-06-g

Là aussi, «Police» marque la différence avec ses concurrents. Chez Pialat, une observation minutieuse des mafias de Belleville permet de filmer une fratrie de gangster tunisiens terrifiants sans que la sociologie ou encore moins l’idéologie ne viennent à l’esprit. Pendant ce temps, Delon joue les barbouzes en Afrique et Belmondo castagne des folles dans des backroom (dans «Le marginal»). Catherine Breillat, coscénariste du métrage de Pialat, rappelait que la réalité française ne s’accordait jamais à la série noir américaine. Les bisseries de Pinheiro et Arcady lui donnent raison par l’absurde.

Et «Police» gagne finalement sur le plan du genre. Maurice Pialat manipule un scénario plein de trous, joue sur les improvisations de tournage et se fout manifestement de toute notion de climax, mais il a  offert à Gaumont et TF1 (principaux bailleurs de fonds) l’oeuvre demandée.

L’idée de départ consistait à réunir Gérard Depardieu et Sophie Marceau sur une affiche de cinéma. Dans le prolongement de cette idée, leur fut adjoint les 2 révélations du début des années 80 : Richard Anconina (qui venait d’exploser dans un autre beau polar français : «Tchao pantin») et Sandrine Bonnaire (née en cinéma 2 ans plus tôt dans «A nos amours» du même Pialat).

Ils sont tous magnifiques, en flic au bout du rouleau, en femme fatale, en avocat véreux, en prostituée naïve…

Ils vont surtout plus loin que leurs rôles, de ce que l’on attendait d’eux.

Le couple vedette est emblématique d’un film réaliste et en même temps stylisé (au passage, confions notre admiration pour la photo de Luciano Tovoli et ses atmosphères de série noire ouatée qui ont résisté aux brusqueries d’un tournage à la Pialat).

Au milieu d’un Barnum sordide, le flic beauf semble voler et l’adolescente paumée se fait créatrice du destin.

 Police-de-Maurice-Pialat-1985_reference

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~ par 50 ans de cinéma sur 2 août 2013.

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